Economie

Libye : 40 milliards pour doper sa production pétrolière en 20230

Après une décennie marquée par l’instabilité chronique et un manque cruel d’investissements, la Libye affiche ses ambitions énergétiques. Le pays entend mobiliser jusqu’à 40 milliards de dollars pour moderniser ses infrastructures et porter sa production de brut à 2 millions de barils quotidiens à l’horizon 2030. Un objectif qui repose sur l’attrait de capitaux étrangers, alors que le pétrole demeure le pilier des recettes publiques et des exportations libyennes.

Selon les estimations de la National Oil Corporation (NOC), les besoins en financement pour valoriser le potentiel pétrolier et gazier national se situent entre 30 et 40 milliards de dollars. L’état-major du secteur vise un palier intermédiaire à 1,6 million de barils par jour avant d’atteindre les 2 millions quotidiennement dans quatre ans. Actuellement, la production avoisine 1,4 million de barils par jour.

Masoud Suleman, le président de la NOC, souligne que le sous-sol libyen recèle encore de nombreuses opportunités : plus de 60 gisements – pétroliers comme gaziers – déjà identifiés restent inexploités, faute de financements suffisants. Leur mise en valeur constitue un levier clé pour accélérer l’offre à court terme.

Avec des réserves prouvées estimées à 48 milliards de barils, la Libye possède le premier gisement africain de pétrole. Mais ce formidable avantage géologique a été neutralisé par des années de sous-investissement, de turbulences politiques et de dégradations sécuritaires, qui ont freiné la transformation de ce potentiel en capacités effectives.

Pour concrétiser cette montée en régime, Tripoli mise sur un retour massif des compagnies internationales. De nouvelles négociations ont été engagées avec plusieurs grandes majors, tandis qu’une campagne d’attribution de blocs d’exploration a été relancée. Des groupes comme Eni, TotalEnergies, Chevron, Repsol ou QatarEnergy sont déjà impliqués dans divers projets sur le territoire. En juin dernier, Eni et la NOC ont donné le coup d’envoi d’un projet gazier offshore, qui doit accroître la production de gaz de 800 millions de mètres cubes par an, tout en renforçant à la fois l’alimentation du marché intérieur et les exportations vers l’Italie via le gazoduc GreenStream.

La production libyenne a récemment retrouvé des niveaux inédits depuis plus de dix ans, avec environ 1,43 million de barils par jour enregistrés en avril 2026, selon des données citées par Eni. Pourtant, les ambitions butent toujours sur un obstacle majeur : la fragilité politique et sécuritaire. Depuis 2011, les rivalités entre autorités concurrentes, les arrêts de production et les tensions autour des installations ont régulièrement paralysé l’activité.

Début août, des frappes de drones ont provoqué des incendies dans le complexe de Zawiya, sans endommager la raffinerie elle-même – un site pourtant stratégique pour l’approvisionnement énergétique du pays. Face à ces risques récurrents, la question qui taraude les investisseurs reste entière : la Libye parviendra-t-elle à offrir un cadre stable assez solide pour sécuriser des engagements financiers de plusieurs dizaines de milliards de dollars ?

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