Déchets de l’IA : 20 millions de conteneurs, six fois le tour de la Terre
Le Basel Action Network (BAN) sonne l’alarme. L’infrastructure de l’intelligence artificielle pourrait générer 395 à 617 millions de tonnes de déchets électroniques entre 2025 et 2050. De quoi remplir des conteneurs maritimes par millions. Alignés bout à bout, 20 millions d’entre eux feraient six fois le tour de la Terre.
On associe souvent l’empreinte environnementale de l’IA à l’électricité, au carbone et à l’eau. La facture environnementale des centres de données a été chiffrée par l’Autorité de la concurrence. Mais le sort du matériel hors d’usage reste largement négligé, selon BAN.
Au-delà des serveurs : l’angle mort de tout l’équipement
Dans son rapport, l’organisation a refait les calculs à partir de l’ensemble des équipements. Les projections académiques les plus citées, elles, ne portaient que sur les serveurs et les GPU, soit 13 % du poids total d’un centre de données.
BAN est une organisation à but non lucratif engagée contre le transfert de déchets dangereux des pays développés vers les pays en développement. Elle est partie des intentions de construction déclarées par l’industrie, puis a calculé ce que cette expansion laisserait derrière elle.
Ce volume remplirait entre 15 et 23 millions de conteneurs maritimes. Parmi eux, 20 millions alignés bout à bout formeraient une ligne d’environ 244 000 km.
Pour la seule année 2030, BAN évalue à 8,6 à 13,1 millions de tonnes le matériel d’IA mis au rebut. Les projections académiques les plus citées sont 40 à 60 fois inférieures.
7 000 tonnes de matériel pour un site de 100 MW
Pour un site de calcul d’IA de référence de 100 MW, BAN estime à 7 000 tonnes le matériel à mettre au rebut. Il se répartit en cinq catégories : réseau, distribution électrique, alimentation de secours, serveurs avec leurs accélérateurs et refroidissement.
Dans cette masse, le refroidissement pèse 35 % et la distribution électrique 34 %, contre 13 % pour les serveurs et les accélérateurs.
Quand un site remplace des baies de 5 à 15 kW par des baies de 50 à 140 kW, adaptées aux charges de travail de l’IA, une grande partie de l’infrastructure électrique doit être entièrement remplacée, indique BAN. Or les câbles et les barres omnibus d’une seule installation de 100 MW contiennent à eux seuls environ 2 700 tonnes de cuivre.
GPU : 2 à 3 ans, serveurs classiques : 5 à 7 ans
BAN suppose que les propriétaires remplacent leurs GPU et autres accélérateurs tous les 2 à 3 ans, contre 5 à 7 ans pour les serveurs classiques. L’organisation part aussi du principe que l’intégralité des serveurs est changée à chaque génération de GPU Nvidia. Elle juge cette hypothèse plausible, car les constructeurs des hyperscalers livrent en général des systèmes complets et préconfigurés.
Pour le réseau, la durée retenue est de 3 à 4 ans. Elle est de 5 ans pour l’alimentation de secours et le refroidissement, et de 8 ans pour la distribution électrique.
BAN reconnaît toutefois que Google et Microsoft ont publié des travaux selon lesquels leurs serveurs pourraient durer 5 à 6 ans. Un marché de l’occasion pourrait aussi prolonger l’usage de certains équipements, dans les pays en développement et les centres de données de moindre niveau. En revanche, les États qui exigent le stockage local des données obligent les entreprises à dupliquer leurs infrastructures, et tout site converti au refroidissement liquide doit changer ses serveurs, ajoute l’organisation.
Aucun plan à l’échelle prévue
Ni les géants du cloud, ni les autorités publiques nationales ou internationales n’ont publié de plan de gestion de ces déchets à l’échelle prévue. Les infrastructures actuelles ne suffisent d’ailleurs pas à traiter en toute sécurité les volumes d’aujourd’hui, précise BAN.
« Si les entreprises et les gouvernements ne commencent pas à se préparer à ce nouveau tsunami de déchets, le développement actuel de l’IA pourrait engendrer une crise des déchets toxiques encore plus catastrophique que celle que nous connaissons déjà », avertit Jim Puckett, fondateur et directeur de la stratégie du BAN, cité par The Register.
Ce rapport est le premier d’une série de quatre. Le deuxième volet examinera comment le réemploi et la remise à neuf pourraient réduire les volumes. Le troisième abordera la toxicité potentielle de ces déchets, notamment la contamination par les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS). Un quatrième étudiera les moyens d’atténuer ces risques.

