Transition éolienne : la Tunisie vise 2 GW de capacités supplémentaires dès 2026
La Tunisie accélère sa transition énergétique. À partir de 2026, le pays lance une série d’appels d’offres pour l’installation de 2 gigawatts (GW) de nouvelles capacités de production éolienne. Une décision stratégique qui s’inscrit dans une vision à long terme : diminuer la dépendance aux hydrocarbures importés et hisser la part des énergies vertes dans le bouquet électrique national.
Aujourd’hui, le parc éolien tunisien repose sur 245 mégawatts (MW) répartis entre les sites de Sidi Daoud, Kchabta et Metline, tous gérés par la STEG. Leur performance en 2024 – 337 gigawattheures (GWh) générés – a permis d’éviter l’achat de 70 000 tonnes équivalent pétrole de gaz naturel, soit une économie d’environ 60 millions de dinars.
Interrogé sur la trajectoire fixée par les autorités – 35 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique en 2030, 50 % en 2035 et 80 % en 2050 – l’expert Ezzedine Khalfallah juge ces objectifs élevés mais atteignables. Il nuance cependant : plusieurs projets prometteurs sont déjà en retard, alors même que les capacités programmées pourraient, si elles étaient menées à bien, dépasser le jalon de 2030.
Fin 2025, la Haute Commission de la production privée d’électricité a donné son feu vert au lancement, sur 2026-2027, d’appels d’offres pour ces 2 000 MW éoliens. Des emplacements sont déjà présélectionnés : Tbaga, Jebel Abderrahmane, Béni Khedache et Zaghouan. Dans cette dernière région, un projet complémentaire de 77,25 MW a récemment été attribué.
Mais le chemin vers l’éolien de masse reste semé d’embûches. Parmi les freins récurrents : les campagnes de mesure du vent, souvent trop longues, les études techniques et environnementales, la lourdeur administrative, l’acquisition des terrains et le montage financier. Pour Khalfallah, le véritable défi n’est plus tant la ressource que la capacité à instaurer un cadre réglementaire, financier et technique qui sécurise et accélère les projets.
Sur le plan technique, l’injection de 2 GW supplémentaires dans le réseau d’ici 2030 est réalisable, à condition de moderniser les infrastructures, de miser sur le stockage et la gestion de la demande, et de concrétiser l’interconnexion ELMED avec l’Italie. Malgré une conjoncture économique tendue, l’attractivité du marché tunisien ne faiblit pas. Les grands développeurs internationaux restent présents, souligne l’expert, mais ils attendent une meilleure lisibilité réglementaire, des procédures simplifiées et un renforcement accéléré du réseau.
L’horizon éolien pourrait même s’élargir vers la mer. Des études menées par la Banque mondiale et la coopération allemande estiment le potentiel offshore tunisien à plus de 250 GW, dont 160 GW pour l’éolien flottant. Dans cette optique, la STEG, avec l’appui de la Banque africaine de développement, mène une étude de faisabilité pour un parc de 250 à 500 MW au large de Kerkennah. La baisse continue des coûts de l’éolien en mer, observée à l’échelle mondiale, conforte l’idée que cette filière pourrait devenir un pilier de l’avenir énergétique tunisien.

