Economie

CNAM – Pharmacies : Rupture du tiers payant et impact sur les assurés

La relation partenariale entre la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) et le Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées traverse une période de fortes turbulences. En réaction aux retards cumulés dans le remboursement de leurs créances et aux difficultés d’apurement des impayés, les officines privées ont mis à exécution leur décision d’interrompre le mécanisme du tiers payant. Sur le terrain, ce gel plonge brutalement les assurés sociaux dans une situation délicate, les contraignant à régler l’intégralité de leurs achats de médicaments en espèces au comptoir.

Jusqu’alors, le dispositif conventionné permettait aux malades d’accéder directement à leurs traitements sur présentation de leur carte d’assuré, le règlement s’effectuant en différé entre l’institution publique et le pharmacien. L’interruption de ce protocole crée un rupture nette dans la continuité de la prise en charge, reportant l’intégralité de la charge financière immédiate sur les épaules des ménages.

Cette crise de trésorerie met en lumière la grande vulnérabilité des assurés sociaux face aux imprévus de santé. Si les populations aux revenus les plus modestes se trouvent en première ligne — manquant souvent des liquidités nécessaires pour avancer le coût de leurs ordonnances —, l’impact s’étend désormais aux classes moyennes. Déjà confrontés à une inflation soutenue et à l’érosion continue de leur pouvoir d’achat, de nombreux foyers peinent à faire face à des dépenses de santé imprévues.

La situation se trouve d’autant plus compliquée que l’écosystème financier global s’est nettement durci. La conjonction d’une tarification médicale en hausse, de la suspension de la prise en charge directe des médicaments et du renforcement des réglementations bancaires sur les moyens de paiement différés réduit considérablement les marges de manœuvre du citoyen au moment d’accéder à ses soins.

Au-delà du contentieux comptable entre la caisse publique et les prestataires de santé privés, cette impasse remet au centre du débat la question de la solidarité nationale et du droit effectif à la santé. Si le ministère des Affaires sociales conditionne la reprise des versements à la levée préalable du mot d’ordre de suspension par les pharmacies, ces dernières rappellent l’urgence d’équilibrer leur trésorerie pour préserver l’approvisionnement du marché et la pérennité de leurs entreprises.

Face au risque d’une rupture durable dans la chaîne de distribution des soins, les acteurs du secteur appellent à l’instauration d’une solution pérenne. Seuls le règlement accéléré des impayés et la mise en place de garanties financières fiables permettront de restaurer le tiers payant, garantissant ainsi que la couverture maladie continue de remplir son rôle fondamental de bouclier social pour tous les citoyens.

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