Crise financière historique chez IFFCO : quel avenir pour ses usines tunisiennes ?
Le conglomérat agroalimentaire émirati IFFCO Group, dont le siège se trouve à Dubaï et qui possède plusieurs filiales et unités industrielles en Tunisie, traverse actuellement l’une des crises financières les plus graves de son histoire. La situation serait désormais en voie de liquidation judiciaire.
Ce groupe, connu pour ses marques internationales telles que London Dairy, Tiffany et Noor, fait face à un endettement colossal estimé à près de 2 milliards de dollars, selon des sources financières.
D’après le Financial Times, un ensemble de banques créancières, mené par HSBC Holdings, a déclenché des actions en justice afin de prendre le contrôle de l’entreprise au détriment de ses actionnaires. Ces procédures surviennent après l’échec de multiples tentatives de restructuration financière, dans un contexte marqué par la dégradation des conditions de marché et des résultats opérationnels du groupe.
Une dette liée à une stratégie d’expansion
Fondé en 1975 par Abdul Razak Allana, IFFCO est devenu l’un des plus grands groupes privés du Moyen-Orient dans les biens de consommation courante et l’agroalimentaire. Il est présent dans plus de 50 pays et intervient dans les huiles comestibles, la transformation alimentaire, l’emballage et la distribution.
La crise actuelle trouve sa source dans une politique d’expansion financée par l’endettement. Pendant des années, IFFCO a multiplié acquisitions et investissements industriels pour élargir sa présence à l’international, en s’appuyant fortement sur des financements bancaires. Ce modèle a généré une dette proche de 2 milliards de dollars, dans un environnement de hausse des taux d’intérêt, de ralentissement de certains secteurs et de pression sur les marges dans l’industrie agroalimentaire.
Le groupe a d’ailleurs été contraint de suspendre certains remboursements de principal lors de discussions avec ses créanciers, ce qui traduit des tensions de trésorerie et une situation financière fragile. Selon plusieurs sources financières, IFFCO avait entamé un processus de restructuration de sa dette avec ses banques et conseillers pour rééchelonner ses engagements et stabiliser ses comptes.
Quel devenir pour les activités tunisiennes ?
La Tunisie représente l’un des principaux sites industriels d’IFFCO en Afrique du Nord. Implanté dans le pays depuis 2006, le groupe émirati y a réalisé d’importants investissements pour développer les filières huile d’olive et agroalimentaire tournées vers l’exportation, bien avant la crise actuelle.
Aujourd’hui, IFFCO exploite plusieurs unités industrielles et agricoles en Tunisie, notamment via la Compagnie Générale des Industries Alimentaires (COGIA), SDA Zitouna et L’Appétissante.
Basée à Sousse, COGIA est l’un des principaux exportateurs tunisiens d’huile d’olive extra vierge et biologique conditionnée, avec des livraisons vers plus de 40 pays. Créée en 1982 et intégrée au groupe en 2006, elle dispose d’une capacité annuelle de production estimée à 20 000 tonnes.
En 2017, IFFCO a également fait l’acquisition de SDA Zitouna I, une exploitation oléicole située à Smenja, réputée parmi les plus modernes au monde. Cette opération, réalisée pour près de 29 millions de dinars, porte sur un domaine de 766 hectares équipé d’une unité de trituration et de stockage d’huile d’olive. Le groupe contrôle par ailleurs L’Appétissante, installée à Oued Ellil, spécialisée dans les biscuits, gâteaux et produits chocolatés principalement destinés aux marchés du Moyen-Orient et d’Afrique. En 2025 encore, les autorités tunisiennes échangeaient avec le groupe sur de nouveaux projets d’expansion dans l’huile d’olive et la transformation alimentaire.
À court terme, l’avenir des filiales tunisiennes d’IFFCO dépendra directement de l’issue de la restructuration financière en cours. Alors que le groupe est déjà engagé dans une réorganisation de sa dette à l’échelle internationale, il pourrait être contraint d’arbitrer entre conserver, céder ou réorienter certains de ses actifs, y compris ceux situés à l’étranger.

