Tunisie : 10 000 tonnes de déchets par jour, seulement 7% recyclés + ( vidéo)
La Tunisie génère annuellement entre 3,3 et 3,7 millions de tonnes de déchets ménagers, soit plus de 10 000 tonnes par jour. À cela s’ajoutent les déchets industriels et de construction, posant un défi logistique colossal. Pourtant, malgré ce volume, le taux de recyclage reste limité à seulement 7%, tandis que plus de 90% des déchets finissent encore dans des décharges. Ce constat souligne l’urgence de passer d’un modèle linéaire à une économie circulaire axée sur la réduction, la réutilisation et la valorisation.
Eco-Lef : le pilier de la valorisation plastique
Au centre de cette stratégie se trouve le système public Eco-Lef, géré par l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANGed). Ce dispositif, opérationnel depuis 2005, organise la collecte et le traitement des emballages usagés (bouteilles en plastique, canettes, sacs). Le processus repose sur des conventions entre l’ANGed et des collecteurs, souvent de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, qui acheminent les matériaux vers des centres de tri comme celui de Monplaisir.
Le prix d’achat des bouteilles en plastique (PET) est fixé à environ 750 millimes le kilogramme, un tarif régulé par l’ANGed pour stabiliser le marché face à la spéculation des « gros poissons » du secteur privé. Ces matériaux sont ensuite compactés en balles de 70 à 90 kg avant d’être vendus à des entreprises de recyclage pour être transformés en matières premières ou en produits finis comme des chaises et des jouets à bas prix.
Le visage social de la collecte : l’apport des « Barbecha »
L’un des aspects les plus marquants de cette filière est son impact social. Le système Eco-Lef génère entre 25 000 et 30 000 emplois directs, et jusqu’à 150 000 emplois indirects. Les témoignages soulignent le rôle crucial des collecteurs informels, les « Barbecha », qui incluent des personnes âgées ou en situation de précarité. Un collecteur peut ramasser environ 30 kg de plastique en quelques heures, lui assurant un revenu quotidien digne de 30 dinars, sans avoir à dépendre d’aides étatiques.

L’énergie verte : des huiles de friture au biodiesel
L’innovation ne s’arrête pas au plastique. L’entreprise Biodex, pionnière depuis 2009, transforme les huiles alimentaires usagées en biocarburant et en glycérine. Avec un potentiel de collecte de 88 000 tonnes d’huiles usagées (dont 60% proviennent des ménages), cette filière pourrait produire l’équivalent de 5% de la consommation nationale de diesel.
Selon les responsables de Biodex, l’utilisation de ce biodiesel réduit les émissions de gaz à effet de serre de 92,5% par rapport aux carburants fossiles. C’est une solution concrète pour améliorer la balance énergétique du pays tout en protégeant les réseaux d’assainissement de l’obstruction par les graisses.
Déchets électroniques et surcyclage : la nouvelle frontière
Les équipements électriques et électroniques (DEEE) constituent une autre mine de ressources. Le démantèlement manuel permet d’extraire des métaux précieux comme le cuivre, l’aluminium et même l’or présents dans les circuits. Parallèlement, des initiatives de surcyclage (upcycling) émergent, transformant des emballages de café ou des bâches publicitaires en sacs et accessoires de mode, prouvant que la créativité est un moteur essentiel de la valorisation.
Vers une gestion décentralisée
L’avenir de la gestion des déchets en Tunisie repose désormais sur une collaboration plus étroite avec les municipalités. L’objectif est de passer d’une gestion centralisée à un rôle plus technique pour l’ANGed, tout en renforçant le tri sélectif à la source dans les foyers et les écoles. Comme l’indiquent les experts dans la vidéo, le recyclage doit être l’ultime étape après la réduction de la consommation, car « le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas ».

