EconomieNews

Aïd al-Adh’ha 2026 : le sacrifice, c’est votre portefeuille qui le subit !

À quelques jours seulement de l’Aïd al-Adh’ha, prévu en mai 2026, la Tunisie ne retient plus son souffle : elle suffoque. Derrière le rituel ancestral se niche cette année une équation économique explosive. Le mouton, bien plus qu’un symbole religieux, est devenu le révélateur brut des déséquilibres macroéconomiques du pays. Et les chiffres, à échéance si proche, donnent le vertige.

2025-2026 : l’escalade d’un prix qui défie tous les salaires

Comparaison édifiante : un mouton de 20 kg, vendu environ 1 000 dinars en 2025, frôle aujourd’hui les 1 200 dinars. Soit une hausse sèche de 20 % en un an, selon Midani Dhaoui, président du Syndicat des agriculteurs (Synagri). La grille tarifaire de 2026 confirme cette dérive :

Un sacrifice qui coûte trois mois de SMIG

Traduisons ces chiffres en réalité sociale. Le SMIG tunisien oscille entre 500 et 550 DT. Concrètement, un salarié au minimum légal devrait débourser l’équivalent de deux à trois mois de revenu pour s’offrir un mouton de taille moyenne. Dans un pays où l’inflation reste ancrée entre 7 % et 8 % (2025-2026), et l’inflation alimentaire dépasse régulièrement les 10 %, l’addition est insoutenable pour des millions de ménages.

Le marché libre a définitivement décroché des prix de référence. L’État et l’Union des agriculteurs avaient tenté de fixer un seuil à 21,900 DT/kg dans les circuits réglementés. Une illusion. Sur le terrain, le mouton s’échange entre 28 et 30 DT/kg. Par ricochet, la viande rouge au détail se stabilise à des plafonds historiques, soit 55 à 60 DT le kilogramme.

Pourquoi l’offre s’effondre-t-elle ? Trois failles structurelles

La flambée n’est pas un accident. Elle est le produit d’une triple contrainte que la politique agricole n’a pas su désamorcer.

1. Choc climatique et coût alimentaire: La sécheresse persistante a raréfié les pâturages. Les éleveurs, contraints d’acheter des aliments pour bétail, subissent de plein fouet l’inflation des matières premières importées.

2. Modèle zootechnique obsolète: La race ovine locale, certes prisée pour sa viande, souffre d’une croissance lente et d’un faible rendement reproductif. Face aux standards internationaux, le cheptel national n’arrive plus à suivre la demande.

3. Spéculation sans frein : Les intermédiaires « gachara »continuent de dicter leur loi, malgré les appels officiels à privilégier les circuits courts et la carte professionnelle d’agriculteur. Chaque maillon de la chaîne ajoute sa marge, et le consommateur paie la facture finale.

Au-delà du coup de chaud conjoncturel, c’est bien la résilience du modèle agricole et commercial tunisien qui est posée sur la table. Sans une refonte des filières, sans un soutien ciblé aux éleveurs face aux risques climatiques, et sans une répression effective des abus spéculatifs, le mouton de l’Aïd restera un luxe inaccessible pour une large part de la population. En 2026, le grand sacrifice risque bien d’être celui du pouvoir d’achat.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *