Economie

20 % de blé perdus chaque année ?

Face à l’aggravation des dysfonctionnements qui fragilisent l’agriculture tunisienne, Mohamed Taher Ennabi, président du Groupement professionnel de l’agriculture au sein du patronat CONECT, a livré un diagnostic sans concession lors d’une intervention médiatique. Revenant sur une récente audition devant la commission parlementaire de l’agriculture, il estime que les ajustements temporaires sont désormais inopérants : seule une transformation structurelle d’ampleur, appuyée par un cadre législatif exceptionnel, pourrait sauver quatre filières clés pour le pays – céréales, viandes rouges, produits laitiers et oléiculture.

À quelques semaines des moissons, l’état des grandes cultures suscite de vives inquiétudes. Ennabi a dénoncé le retard inacceptable dans la publication des décrets d’application prévus par la loi de finances, lesquels devaient encadrer l’importation de moissonneuses-batteuses d’occasion. « Le parc national de moissonneuses accuse un âge moyen supérieur à trente ans. Cette vétusté entraîne chaque année une perte sèche de 20 % de la récolte nationale de blé », a-t-il martelé.

Le responsable appelle également à une inspection rigoureuse des centres de collecte des grains avant le début de la campagne, afin d’éviter les engorgements. Par ailleurs, il juge « injuste » le maintien de la grille d’évaluation de la qualité des céréales, alors même que l’État n’a pas fourni les engrais nécessaires en temps utile ni dans les quantités requises.

Élevage et produits laitiers : un cheptel décimé

La filière des viandes rouges traverse une crise historique, marquée par l’effondrement du cheptel national. Parmi les causes : la multiplication des vols de bétail, favorisée par l’absence de lois dissuasives, ainsi que la fermeture désordonnée des abattoirs municipaux. Faute de circuits légaux alternatifs, l’abattage clandestin s’est généralisé, touchant principalement les femelles reproductrices – ce qui bloque le renouvellement des troupeaux et provoque une flambée des prix sur les marchés informels.

Le tableau est tout aussi sombre pour la filière laitière, asphyxiée par la contrebande de vaches vers les nations voisines. Ennabi exige l’application immédiate de la loi sur la reconstitution du cheptel bovin, pourtant promise dans les lois de finances 2025 et 2026 mais jusqu’ici restée sans effet. Pour réduire les coûts de production en période de sécheresse, il préconise de recourir d’urgence aux eaux usées traitées pour la culture des fourrages grossiers.

Oléiculture : privilégier l’huile tunisienne plutôt que les importations

Concernant l’huile d’olive, Ennabi prône un changement radical de paradigme économique. Alors que la production tunisienne ne cesse de croître d’année en année, il estime qu’au lieu de subventionner massivement les huiles végétales importées, l’État devrait réorienter ces aides vers l’huile d’olive locale pour stimuler la consommation nationale, tout en investissant dans la modernisation des capacités de stockage et de conservation.

Selon lui, l’avenir de la souveraineté alimentaire tunisienne dépendra de la capacité de l’État à protéger l’agriculteur, à réorganiser les circuits de distribution et à moderniser les infrastructures.

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