La Tunisie face à l’urgence de ses 188 000 tonnes de plastique
Alors que la moyenne européenne se veut plus vertueuse, la Tunisie affiche une consommation annuelle de sacs en plastique qui interpelle. Avec près de 4,2 milliards d’unités écoulées chaque année, l’Hexagone nord-africain enregistre un usage par habitant d’environ 400 sacs, un chiffre jugé préoccupant par les experts. Face à cette tendance haussière, plusieurs députés ont soumis à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) une proposition de loi visant à encadrer strictement l’usage des sacs à usage unique, tout en organisant le marché des substituts durables.
Ce projet législatif s’inscrit dans une stratégie plus large de réduction de la pollution plastique et de transition vers une économie plus respectueuse de l’environnement. Les données disponibles confirment en effet une aggravation de la situation : le volume des déchets plastiques ne cesse de croître, alourdissant d’autant la facture écologique et sanitaire du pays.
Sur le plan quantitatif, la Tunisie génère chaque année environ 188 000 tonnes de résidus plastiques, sur un total de plus de 2,5 millions de tonnes de déchets ménagers. Parmi ces déchets plastiques, près de 60 % ne reçoivent pas de traitement adéquat, tandis que la part consacrée au recyclage reste marginale. Un contraste frappant qui révèle les limites des infrastructures actuelles de gestion des déchets.
À l’échelle planétaire, la production mondiale de plastique dépasse désormais les 400 millions de tonnes par an, et une fraction importante de cette production se dégrade difficilement dans l’environnement, menaçant aussi bien les écosystèmes terrestres que marins, sans oublier les risques pour la santé humaine.
Le bassin méditerranéen illustre avec acuité cette crise : plus de 84 % des déchets flottant dans ses eaux sont en effet composés de matières plastiques. Cette contamination affecte directement les habitats côtiers, la faune marine, mais également des secteurs économiques clés pour la Tunisie tels que le tourisme et la pêche. Le coût économique de cette pollution est estimé à plus de 20 millions de dollars par an pour le pays, une charge qui pèse lourdement sur les finances publiques et les activités dépendantes du littoral.
La proposition législative portée par un collectif de députés préconise une réduction progressive des sacs en plastique à usage unique, accompagnée d’un déploiement maîtrisé d’alternatives réutilisables ou biodégradables. Le texte insiste également sur l’établissement de normes techniques précises, afin de garantir que ces solutions de substitution offrent une réelle performance environnementale, et non un simple transfert de nuisance. Une approche graduelle qui vise à concilier impératifs écologiques et réalités économiques, tout en responsabilisant l’ensemble de la chaîne de consommation.

