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750 millimes le kilo : le prix nécessaire d’une écologie équitable + ( vidéo)

Chaque jour, en Tunisie, des montagnes de déchets s’accumulent un peu plus, témoins silencieux d’un modèle de consommation devenu insoutenable. Face à cette marée grise, les décharges débordent, l’environnement étouffe, et les rares filières de recyclage peinent à suivre le rythme. Pourtant, des solutions émergent, portées par des initiatives locales qui tentent de transformer cette contrainte en opportunité. Au cœur de ce dispositif, le centre de tri de Montplaisir et le système Eco-Lef incarnent une réponse concrète, alliant impératif écologique et justice sociale. Mais suffiront-ils à inverser la tendance ?

Le défi des chiffres : l’urgence d’agir

La Tunisie génère annuellement entre 3,3 et 3,7 millions de tonnes de déchets ménagers, soit plus de 10 000 tonnes par jour. À cela s’ajoutent les déchets industriels et de construction, posant un défi logistique colossal. Pourtant, malgré ce volume, le taux de recyclage reste limité à seulement 7%, tandis que plus de 90% des déchets finissent encore dans des décharges. Ce constat souligne l’urgence de passer d’un modèle linéaire à une économie circulaire axée sur la réduction, la réutilisation et la valorisation.

Eco-Lef : le pilier de la valorisation plastique

M. Walid Dridi, directeur du centre de tri de déchets de Montplaisir, a expliqué dans une déclaration accordée à L’Écho Tunisien la stratégie d’Eco Lef en matière de valorisation des déchets : Le centre de tri de Montplaisir s’intègre dans la stratégie nationale de gestion des déchets, plus précisément via le système Eco-Lef mis en place en 2005. Il a précisé que Ce système, piloté par l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANGed), est le premier du genre en Tunisie pour la collecte et la valorisation du plastique. Walid Dridi précise aussi que le centre de Montplaisir joue un rôle de plaque tournante en collectant les déchets plastiques provenant de plusieurs gouvernorats : Bizerte, le Grand Tunis, Nabeul et Zaghouan.

Mr Dridi a expliqué le fonctionnement opérationnel et le rôle des collecteurs : « Le processus repose sur des conventions entre l’ANGed et des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur qui agissent comme collecteurs officiels. Ces derniers récupèrent le plastique auprès des « Barbecha » (collecteurs informels) et le livrent aux points de collecte ».

Il a poursuivi que le centre traite divers matériaux : bouteilles d’eau et de sodas (PET), bouteilles de lait (PEHD), films plastiques, sacs et même des bidons de produits de nettoyage. Les matériaux sont ensuite compressés en balles pesant entre 70 et 90 kg pour le plastique rigide, et jusqu’à 500 kg pour les films plastiques, avant d’être distribués équitablement entre les entreprises de recyclage partenaires.

Un régulateur social et économique indispensable

Walid Dridi insiste sur le fait que la mission d’Eco-Lef est avant tout environnementale et sociale, et non lucrative. Il souligne plusieurs points cruciaux :

  • Régulation des prix : L’ANGed fixe le prix de rachat à 750 millimes le kilogramme. Sans cette intervention publique, les « gros poissons » du secteur privé feraient chuter les prix (parfois jusqu’à 400 millimes), rendant le travail des collecteurs précaire.
  • Impact social : Le système soutient entre 25 000 et 30 000 emplois directs, et jusqu’à 150 000 emplois indirects. Il cite l’exemple de personnes âgées de 60 ou 70 ans qui, en collectant 30 kg de plastique en quelques heures le matin, peuvent gagner 30 dinars par jour, préservant ainsi leur dignité sans dépendre des aides de l’État.
  • Valeur ajoutée économique : Le plastique de type PET est exporté, ce qui rapporte des devises à la Tunisie, tandis que d’autres plastiques sont transformés localement en produits finis abordables, comme des chaises ou des jouets.

L’évolution vers une expertise technique

Enfin, le directeur rappelle que le rôle originel de l’ANGed devrait être centré sur la stratégie et l’assistance technique plutôt que sur la gestion directe des décharges, une tâche qui incombe normalement aux municipalités. Il plaide pour un renforcement du tri à la source pour optimiser cette chaîne de valorisation.

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