Le bracelet qui sauve : quand Rome vaccine ses aînés contre la chaleur
Alors que l’Europe étouffe sous des températures historiques, Rome expérimente une réponse technologique inédite pour protéger ses citoyens les plus fragiles. Un bracelet nouvelle génération, distribué à 700 personnes âgées vulnérables, conjugue surveillance cardiaque, détection des chutes et alerte immédiate. Une initiative municipale financée sur fonds européens post-COVID à hauteur de 400 millions d’euros, qui prend tout son sens alors que Météo France qualifie la vague de chaleur amorcée mi-juin 2026 comme la plus violente jamais observée, Hexagone inclus.
À Rome, la montre qui veille sur les vies sous 39°C
Dina Gazzella, 85 ans, veuve depuis 2023 et désormais seule après la perte de son chat l’an dernier, arpente encore les ruelles de l’est de la capitale avec une énergie intacte – la veille de notre rencontre, elle visitait un bunker de la Seconde Guerre mondiale en groupe. À son poignet, un fin bracelet noir, sobre, presque anodin. « Si je me sens mal, c’est un ange gardien », confie-t-elle.
Ne vous fiez pas à son apparence de montre classique : l’objet est un concentré de technologie. Rythme cardiaque et cycles de sommeil analysés en continu, capteurs de mouvement pour repérer toute chute, géolocalisation intérieure et extérieure – les fonctionnalités n’ont rien à envier aux meilleurs modèles du marché. Lancé en 2025 par la mairie de Rome grâce aux fonds européens de relance, il couvre aujourd’hui environ 700 bénéficiaires.
Et l’utilité crève les écrans de santé publique quand le mercure affiche 38 à 39 °C à l’ombre dans la Ville éternelle. « Ce bracelet est vital pendant ces pics : la tension artérielle s’effondre, le cœur ralentit, les seniors souffrent intensément », alerte Piera Pomente, psychologue clinicienne et coordinatrice du programme au sein d’une officine du quartier.
Un binôme humain-machine qui fait école, des bords du Tibre à la Seine
Mais la technologie ne suffit pas. Chaque jour ouvré, de 8 h 30 à 19 h, des assistants sociaux prennent contact avec les porteurs – pour rappeler la prise de médicaments, prévenir les coups de chaleur, ou simplement rompre l’isolement. Le week-end, les alertes sont redirigées vers les proches via une application mobile. Bilan après un an : deux situations critiques ont été désamorcées – un homme tombé dans la rue, un autre glissant de son fauteuil roulant. Dans les deux cas, la famille a pu intervenir à temps. Ce mariage entre télésurveillance médicale et accompagnement humain commence d’ailleurs à essaimer hors d’Italie.
Une gratuité qui ne lève pas toutes les réticences
Le dispositif est entièrement gratuit, mais tous n’adhèrent pas. Sur 70 inscriptions initiales dans une pharmacie-test, environ 25 ont été abandonnées, freinées par des craintes sur le respect de la vie privée. Piera Pomente coupe court : « On ne les espionne pas avec des caméras, rassurez-vous. »

