Banques en Tunisie : 67 % des agences concentrées sur le littoral, un frein à la croissance intérieure
Selon une étude inédite de Melqart Insights, la distribution territoriale des agences bancaires en Tunisie illustre avec netteté les déséquilibres structurels du pays. À l’horizon 2026, le modèle d’expansion physique marque le pas, ouvrant la voie à une nécessaire hybridation des canaux de distribution.
Melqart Insights, le pôle de recherche indépendant du cabinet de conseil en performance Melqart Partners, a dévoilé une analyse intitulée « Géographie financière de la Tunisie ». Ce travail décrypte l’organisation du secteur bancaire national à travers deux indicateurs clés : l’allocation territoriale des capitaux et la densité des réseaux d’agences à l’échéance 2026.
L’étude souligne que l’implantation géographique des infrastructures financières constitue un révélateur précis des dynamiques régionales. Elle constate une forte polarisation sur le littoral : le Grand Tunis et la région Centre-Est regroupent à eux seuls environ 67 % du total des agences du pays.
Le déséquilibre territorial atteint un rapport de 1 pour 8. Dans la capitale, la densité s’élève à 55 agences pour 100 000 adultes, tandis que des gouvernorats comme Sidi Bouzid ou Kasserine n’en comptent que 7. Cette asymétrie traduit un modèle de développement historique concentrant les moyens sur les pôles tertiaires et tournés vers l’exportation. La corrélation est forte (0,9) entre la densité bancaire régionale et la contribution de chaque gouvernorat au PIB, confirmant que les infrastructures physiques s’agrègent là où la valeur ajoutée est déjà présente, ce qui freine le financement de projets dans l’intérieur du pays.
L’analyse relève par ailleurs un plafonnement de la croissance du réseau physique, désormais inférieur à 1 % par an, signe de la maturité du modèle extensif classique. Face aux coûts opérationnels élevés des agences de plein exercice dans les zones peu denses, Melqart Insights préconise une refonte de l’architecture de distribution des services bancaires.
Dhia Ahmed, fondateur et associé-gérant de Melqart Partners, déclare : « La véritable histoire de la finance tunisienne ne se lit pas uniquement dans les bilans comptables, elle s’inscrit sur la carte. L’asymétrie que nous observons entre le littoral et l’intérieur n’est pas une fatalité géographique, mais la stigmatisation d’un modèle de développement hérité qui concentre le capital là où la valeur est déjà acquise. Pour nos institutions, le redéploiement territorial n’est plus un sujet de conformité ou de responsabilité sociale, mais un impératif stratégique de croissance et de pérennité pour la prochaine décennie. »
Enfin, l’étude souligne le rôle d’acteurs de proximité tels que la Poste tunisienne et la microfinance, présentés comme des piliers complémentaires indispensables à la bancarisation formelle et à la structuration du tissu des très petites entreprises (TPE) régionales.

