Fonction publique : des revalorisations salariales qui peinent à rattraper l’inflation
Plusieurs décrets gouvernementaux, publiés jeudi dernier au Journal officiel de la République tunisienne, ont officialisé une revalorisation des salaires dans la fonction publique et le secteur public. Ces mesures, qui couvrent les années 2026, 2027 et 2028, concernent l’ensemble des agents de l’État, des collectivités locales, des établissements publics, des entreprises publiques, ainsi que les magistrats et le personnel relevant de conventions collectives. Elles constituent une application de la loi de finances 2026.
Les textes officiels fixent des augmentations mensuelles différenciées selon les catégories professionnelles. À compter du 1er janvier 2026, les catégories A1 et A2 bénéficieront d’une hausse de 120 dinars. Pour les catégories A3 et B, les revalorisations varient entre 100 et 105 dinars, tandis que les autres catégories percevront environ 90 dinars supplémentaires par mois. Certaines de ces hausses seront étalées de manière progressive sur 2027 et 2028.
Des revalorisations en deçà de l’érosion monétaire
Lors d’une déclaration médiatique le lundi 4 avril 2026, l’économiste Ridha Chkandali a estimé que ces augmentations restent limitées au regard de la flambée rapide du coût de la vie, notamment pour les produits de première nécessité. Selon lui, le taux d’inflation dépasse le rythme de progression des salaires, ce qui provoque une diminution continue du pouvoir d’achat et une dégradation du niveau de vie de nombreux ménages.
Il a rappelé que l’inflation est un phénomène cumulatif : les chiffres de l’Institut national de la statistique (INS) mesurent des variations annuelles des prix, sans traduire une quelconque baisse, mais simplement un ralentissement de leur hausse.
L’économiste a cité les projections du Fonds monétaire international (FMI). En cas d’apaisement des tensions géopolitiques au Moyen-Orient à la mi-année, le taux d’inflation en Tunisie pourrait atteindre 7 % en 2026. Si ces tensions se prolongeaient, le taux grimperait à 8 %, voire à 10 % en cas d’aggravation, notamment à la suite d’éventuelles atteintes aux infrastructures pétrolières.
Un pouvoir d’achat en constante détérioration
Ridha Chkandali a également souligné que, depuis 2015, les prix ont augmenté d’environ 95 % en Tunisie, ce qui représente une moyenne annuelle de 8,6 %. Pour illustrer cette érosion, il a pris l’exemple du salaire minimum : avec celui-ci, un ménage pouvait acheter 31 kg de viande rouge en 1985, 20 kg en 2005, 19 kg en 2015, et seulement environ 8 kg en 2025.
Selon lui, l’absence d’un mécanisme d’indexation des salaires sur l’inflation a accentué la baisse du pouvoir d’achat et le recul de la classe moyenne. Il a conclu que le renforcement du rôle social de l’État passerait nécessairement par une amélioration de la qualité des services publics, afin de soutenir durablement le pouvoir d’achat des citoyens.

