Economie

Un élu réclame une révolution comptable pour la Loi de Finances 2026

Alors que l’examen du projet de Loi de Finances (PLF) 2026 se poursuit à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le député Maher Ketari, membre de la commission des finances, a livré un diagnostic sévère sur la préparation budgétaire et la politique fiscale du gouvernement. Invité dans une émission radio, l’élu a pointé du doigt le manque de vision partenariale de l’administration fiscale et plaidé pour une refonte en profondeur des outils de gestion des finances publiques.

Une relation contribuable-administration en panne

Selon M. Ketari, les parlementaires peinent à faire évoluer le texte dans un cadre « gagnant-gagnant » avec les opérateurs économiques. « Nous ne disposons pas aujourd’hui de la vision nécessaire pour considérer les contribuables, en particulier les chefs d’entreprises, comme de véritables partenaires », a-t-il regretté, soulignant que cette approche, jadis présente au ministère des Finances, « a disparu » des pratiques actuelles.

Cette absence de ligne directrice se répercute, toujours selon ses dires, sur l’ensemble de la stratégie fiscale, laissant la réforme du système dans le flou.

La comptabilité à partie double, un impératif sous 24 mois

Parmi les urgences citées par le député figure l’adoption d’une comptabilité d’engagement (ou à partie double) pour l’État. Alors que le département des Finances évoque un délai de mise en œuvre s’étalant jusqu’en 2030 ou 2035, M. Ketari estime que cette transition doit être effective « dans un délai d’un à deux ans maximum ».

« Tous les chiffres sont flous aujourd’hui », a-t-il asséné, déplorant que la comptabilité actuelle, basée sur le simple enregistrement des recettes et des dépenses, « ne fournit aucun détail exploitable » et empêche tout diagnostic financier fiable. La commission des finances compte ainsi « pousser dans ce sens, malgré la réticence du ministère ».

Un travail parlementaire en « sessions marathon »

L’examen du PLF 2026 mobilise pleinement les membres de la commission, qui enchaînent les auditions d’organisations professionnelles, d’associations sectorielles et d’acteurs économiques. Ces « sessions marathon » visent à affiner les propositions avant le passage en séance plénière. Le député a rappelé que toute structure souhaitant contribuer au débat était invitée à soumettre ses propositions.

Impot sur la fortune : une piste accueillie avec prudence

Sur la proposition d’instaurer un impôt sur la fortune (ISF) – évoqué à des taux de 0,5 % à 1 % –, M. Ketari a indiqué que la commission affichait de « fortes réserves ». Plusieurs pays ayant retiré cette taxe après de courtes expériences incitent à la prudence, a-t-il argumenté, rappelant que la pression fiscale en Tunisie est déjà élevée. Pour lui, les recettes doivent davantage provenir de la croissance et de l’investissement que de nouveaux prélèvements.

Relance des exportations : des exonérations pour reconquérir les marchés

Enfin, le parlementaire a présenté une initiative législative visant à renforcer la compétitivité internationale des entreprises tunisiennes. Il prône une exonération fiscale sur les bénéfices à l’export, jugeant ce levier indispensable pour permettre aux opérateurs de monter en gamme et de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales. Une ouverture ciblée vers les marchés exigeants serait, selon lui, le moteur d’une croissance durable.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *