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Puces made in Europe : Bruxelles passe à la caisse (120 Mds€)

Trois ans après la mise en place de son premier dispositif de soutien à l’industrie des puces, l’Union européenne reste à la traîne. La part de la production mondiale de semi-conducteurs attribuable au Vieux Continent stagne à environ 10 %, un niveau très éloigné de l’objectif de 20 % fixé pour 2030. Face à ce constat, la Commission européenne prépare une nouvelle version de son Chips Act, dont les priorités sont revues.

Alors que le texte initial privilégiait les subventions directes aux capacités de production, cette mouture 2.0 entend encourager les achats de puces européennes et accélérer l’instruction administrative des projets d’usines. Bruxelles tire en effet les leçons d’un échec retentissant : Intel a renoncé l’an dernier à construire son usine de Magdebourg, un investissement estimé à 30 milliards d’euros qui ne verra jamais le jour, malgré une promesse d’aides allemandes de 9,9 milliards d’euros. L’expérience a montré qu’attirer de grands industriels étrangers ne suffisait pas.

Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la souveraineté technologique, présentera les détails de ce Chips Act 2.0 le 3 juin 2026. Selon un document interne obtenu par Reuters, l’écosystème européen des semi-conducteurs aurait besoin, d’ici 2035, de 120 milliards d’euros d’investissements publics et privés, dont 30 milliards pour une seule fonderie de puces avancées. Ce montant est trois fois supérieur aux 43 milliards d’euros mobilisés par le premier Chips Act.

Des commandes publiques pour sécuriser les débouchés

Le nouveau dispositif prévoit ainsi des appels d’offres publics permettant à des États membres d’acquérir des puces conçues et fabriquées en Europe. Des administrations nationales pourraient signer des contrats d’achat ferme avant même que les volumes de production soient disponibles. Ce mécanisme, déjà utilisé dans le secteur spatial européen pour garantir des débouchés aux industriels, sera élargi. La Commission entend également mettre en place des « Demand Accelerators » – des outils destinés à faire se rencontrer fournisseurs et acheteurs via des contrats d’engagement ferme et un forum dédié. Cette forme de commande publique d’innovation devrait offrir un canal privilégié aux startups et scale-ups européennes du secteur.

Permis environnementaux expédiés en quelques mois

Autre volet clé du texte : l’accélération des autorisations environnementales pour les nouvelles usines de semi-conducteurs. Ces permis pourraient être délivrés en quelques mois au lieu de plusieurs années, répondant à une revendication de longue date de l’industrie. En septembre 2024, l’Association européenne de l’industrie des semi-conducteurs réclamait déjà un assouplissement des procédures, jugées incompatibles avec les délais imposés par la concurrence mondiale.

Des aides allemandes récentes pour l’équipement et les matériaux

Le 20 mai dernier, la Commission a par ailleurs approuvé 288 millions d’euros d’aides d’État allemandes pour deux projets situés dans la chaîne de valeur des puces. Carl Zeiss va construire à Oberkochen une usine de colonnes optiques EUV de nouvelle génération, pour un montant de 222 millions d’euros. De son côté, Zadient Materials Europe installera à Bitterfeld la première unité européenne de production de carbure de silicium ultra-pur, pour 66 millions d’euros. Ces deux projets concernent les équipements et les matériaux, des domaines où des groupes comme ASML détiennent déjà des parts de marché considérables à l’échelle mondiale. Dans le segment des puces pour l’automobile et l’industrie, les leaders européens restent Infineon, NXP et STMicroelectronics.

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