La Tunisie rate-t-elle le virage de l’outsourcing à valeur ajoutée ?
Selon le dernier Global Outsourcing Talent Index 2026, publié par le cabinet Ataraxis, la Tunisie occupe la 65ᵉ place mondiale et la 12ᵉ position en Afrique pour sa compétitivité dans l’externalisation de services. Un classement qui la place dans une catégorie dite « intermédiaire », loin des leaders du continent.
L’indice évalue 193 pays selon cinq critères : coût de la main-d’œuvre, maîtrise de l’anglais, disponibilité des talents, qualité des infrastructures numériques, et stabilité économique, juridique et politique. La Tunisie y affiche une note maximale de 97/100 pour le coût de la main-d’œuvre, un atout historique mais désormais insuffisant pour tirer l’ensemble du secteur vers le haut.
Sur les autres indicateurs, les résultats sont plus réservés : 40/100 pour l’anglais, 50 pour la disponibilité des talents, 50 pour le numérique, et 50 pour la stabilité des entreprises. Au total, le pays obtient un score global de 72,68/100, un niveau qui confirme une compétitivité encore largement fondée sur le prix plutôt que sur la valeur ajoutée qualitative.
Or, dans l’économie actuelle des services externalisés, les donneurs d’ordre internationaux privilégient de plus en plus la maîtrise linguistique, la sophistication des compétences, la maturité numérique et la prévisibilité institutionnelle. C’est sur ces terrains que la Tunisie doit encore progresser pour ne pas rester cantonnée aux segments les plus bas de la chaîne de valeur.
Afrique : un top 3 dominé par l’Est et l’Ouest
En Afrique, l’outsourcing se structure rapidement. L’Afrique du Sud et le Nigeria arrivent ex æquo en tête du classement continental avec un score de 83,45/100, suivis du Kenya (81,63). Ces trois pays tirent leur épingle du jeu grâce à des infrastructures numériques en amélioration continue et une meilleure intégration dans les chaînes mondiales de services externalisés.
Derrière ce trio, on retrouve l’Égypte (15ᵉ mondial), le Ghana (17ᵉ), puis l’Éthiopie (23ᵉ) et l’Ouganda (24ᵉ). Le Maroc (26ᵉ), l’Algérie (28ᵉ) et le Zimbabwe (41ᵉ) complètent le top 10 africain. Signe d’une mutation en cours : le continent ne se réduit plus à une simple zone de bas coûts. Il s’affirme comme un acteur capable de rivaliser sur plusieurs segments et de peser dans la répartition mondiale des services externalisés.
Philippines, Malaisie, Inde : les nouvelles cartes du monde
À l’échelle planétaire, les Philippines caracolent en tête avec un score de 90,65/100. Ce leadership s’explique par une main-d’œuvre abondante et orientée services, un niveau d’anglais très élevé hérité du système éducatif et de l’histoire du pays, ainsi qu’une spécialisation profonde dans les centres d’appels, le support client et l’administration externalisée (BPO).
Les Philippines devancent la Malaisie (85,55), l’Inde (85,4), le Chili (83,5) et l’Afrique du Sud (83,45). Tous ces pays émergents partagent une même trajectoire : ils ne s’appuient plus uniquement sur des salaires bas, mais sur une montée en gamme sectorielle, une formation adaptée et une intégration croissante aux marchés internationaux. Une leçon pour les économies comme la Tunisie, où l’avantage coût, bien réel, ne suffit plus à faire la différence.

