Elon Musk rachète une entreprise d’énergies fossiles
Elon Musk, l’apôtre du solaire, craque pour les turbines à gaz : un virage énergétique sous silence
Il y a dix ans, il qualifiait les énergies fossiles de « pire expérience de l’Histoire ». Aujourd’hui, sans le moindre communiqué de presse, Elon Musk s’offre un spécialiste des turbines mobiles au gaz et au diesel. Une acquisition discrète, mais lourde de sens, qui bouscule l’héritage vert de Tesla et ravive la colère des riverains de ses data centers.
Le coup de poker industriel passé inaperçu. Selon un document de la FTC – l’autorité américaine de la concurrence – daté du 14 mai dernier, Elon Musk a racheté à titre personnel la société APR Energy. Basée en Floride, cette entreprise conçoit des génératrices mobiles, tractables, capables de délivrer pleine puissance en moins de dix minutes et d’être opérationnelles en quelques jours.
Sa flotte, qui totalise plus d’un gigawatt de capacité, fonctionne au gaz naturel et au diesel.
La logique derrière l’écran
Aucune stratégie philanthropique ici. L’objectif est d’alimenter Grok, l’IA de xAI (rebaptisée SpaceXAI), et surtout de garantir l’autonomie énergétique de ses data centers Colossus – sans attendre les lenteurs des raccordements électriques traditionnels.
Le revers écologique
Le problème, c’est que cette course à la puissance a déjà des conséquences palpables. Dans le quartier défavorisé de Boxtown, qui jouxte les installations, les associations environnementales estiment que les turbines rejettent entre 1 500 et 2 000 tonnes d’oxydes d’azote par an. Le résultat : un risque de cancer local quatre fois supérieur à la moyenne nationale.
Pire encore, plusieurs de ces générateurs fonctionnent sans permis depuis des mois – une source de nuisances directe pour des populations majoritairement afro-américaines vivant sous le seuil de pauvreté.
Un revirement assumé
Ce rachat sonne comme un tournant. En décembre dernier, Tesla retirait discrètement la mention « durable » de sa mission officielle. Chez SpaceX, le projet Starpipe – un gazoduc pour alimenter les lanceurs Starship – avance lui aussi. Le Musk de 2025 semble avoir rangé au placard son manifeste solaire-électrique, sans état d’âme. Une volte-face stratégique que les observateurs jugent « pas très rassurante », tant elle incarne une rupture avec quinze ans de prêche écolo.

