EnvironnementNews

L’Europe va-t-elle enfin imposer la climatisation sans gaz polluants ?

Tandis que les vagues de chaleur s’intensifient sur le Vieux Continent, la climatisation conventionnelle, gourmande en énergie et source de fuites de gaz ultra-polluants, montre ses limites. Face à ce défi, des laboratoires et des start-up européennes planchent sur des systèmes de refroidissement “à l’état solide”, qui pourraient bien révolutionner le secteur dans les années à venir.

Alors que le mercure flirtait avec les 40 °C en France fin juin, provoquant une ruée sur les ventilateurs et les climatiseurs portables, une question brûlante s’impose : comment se rafraîchir sans aggraver la crise climatique ? Longtemps critiqués pour leurs gaz frigorigènes, dont le potentiel de réchauffement peut être des milliers de fois supérieur à celui du CO₂ en cas de fuite, les systèmes de refroidissement classiques sont dans le collimateur des régulateurs européens.

L’urgence est d’autant plus palpable que le parc européen reste modeste – 20 % des foyers équipés, loin des 90 % américains – mais la demande explose avec la répétition des pics de chaleur. Un enjeu qui n’est pas que de confort : des études estiment que près de 200 000 décès prématurés chez les plus de 65 ans ont été évités dans le monde en 2019 grâce à la climatisation. Pourtant, le secteur pèse déjà 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et la consommation électrique qui lui est liée pourrait tripler d’ici 2050. Si l’hexagone bénéficie d’une électricité très largement décarbonée, ce n’est pas le cas partout en Europe, où les énergies fossiles alimentent encore une partie du réseau.

Face à ce constat, l’Union européenne a tranché : en 2024, elle a acté l’élimination progressive des gaz fluorés. “Dans les prochaines années, les climatiseurs et pompes à chaleur qui en contiennent ne pourront même plus être commercialisés sur le marché européen”, rappelle Fabian Voswinkel, analyste à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dans les colonnes de Wired.

Pour remplacer ces fluides nocifs, la piste du refroidissement à l’état solide émerge comme une alternative sérieuse. Le principe ? Utiliser des matériaux capables de modifier leur température sous l’effet d’une contrainte mécanique, d’un champ électrique ou magnétique, sans jamais recourir à un gaz ou un liquide frigorigène.

Les projets foisonnent à travers le continent. À l’université de la Sarre, en Allemagne, l’équipe de Paul Motzki mise sur des alliages de nickel et de titane : étirés puis relâchés, ils génèrent une baisse de température intérieure estimée entre 5 et 10 degrés. En partenariat avec l’irlandais Exergyn, les chercheurs espèrent une première application dans des bâtiments neufs d’ici quelques années.

D’autres approches se dessinent : au Canada, Mimic Systems teste une pompe à chaleur à semi-conducteurs dans un appartement de Vancouver. En France, la start-up Leviathan Dynamics planche sur son système nommé « Golgoth », capable à la fois de refroidir et de réchauffer l’air. Outre-Rhin, Magnotherm explore les champs magnétiques et prévoit d’installer un prototype dans une chaîne de supermarchés. Enfin, au Royaume-Uni, la société Barocal, issue de l’université de Cambridge, mise sur des cristaux plastiques qui libèrent de la chaleur lorsqu’ils sont comprimés.

Autant de pistes encore expérimentales, mais qui dessinent les contours d’un futur où le frais ne rimerait plus avec pollution.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *