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De 18 % à 6 % de bacheliers scientifiques : Le constat alarmant de l’IACE en Tunisie

L’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) vient de publier une note stratégique majeure intitulée « La relève scientifique : un maillon stratégique de la compétitivité nationale ». Dans cette analyse approfondie, l’organisation patronale invite à dépasser la simple lecture comptable ou organisationnelle des difficultés de recrutement des enseignants en mathématiques pour observer un phénomène autrement plus inquiétant : la fragilisation progressive de la capacité de la Tunisie à produire, transmettre et renouveler son capital scientifique. En raison de la longue durée requise pour former des chercheurs, des ingénieurs et des enseignants, l’affaiblissement d’un maillon de cette chaîne continue met plusieurs années à se manifester, menaçant à terme l’ensemble du tissu économique national.

L’érosion du vivier scientifique national s’amorce désormais dès l’enseignement secondaire, bien avant les étapes universitaires et professionnelles. Les données publiées par l’IACE révèlent un effondrement structurel de la section Mathématiques au baccalauréat, dont la part parmi l’ensemble des candidats est passée de 18 % au début des années 2000 à 11 % sur la période 2011-2015, pour atteindre le niveau critique de 6 % entre 2021 et 2025. En valeur absolue, le nombre de bacheliers issus de cette filière s’est effondré, passant de 16 537 candidats en 2012 à un peu plus de 8 000 en 2026, tandis qu’une forte fracture territoriale s’est installée : en 2026, seuls 277 lycées publics sur les 600 que compte le pays ont présenté des candidats en section Mathématiques.

Cette contraction quantitative s’accompagne d’un affaiblissement qualitatif au niveau supérieur, où la chaîne de renouvellement se rompt progressivement. Dans plusieurs facultés des sciences du pays, la désaffection est telle que certains parcours de licence et de master ne reçoivent plus aucune candidature, entraînant la fermeture pure et simple de formations stratégiques. De plus, les critères d’admission révèlent une nette baisse d’attractivité : entre 2023 et 2025, les seuils d’orientation en licence de Mathématiques se sont établis entre 95 et 145 points, loin derrière les filières médicales ou les grandes écoles d’ingénieurs dont les scores dépassent 170 à 180 points. Le vivier destiné à former les futurs enseignants-chercheurs et spécialistes s’amenuise ainsi à la fois en volume et en niveau de recrutement.

L’IACE insiste sur le fait que les mathématiques dépassent le cadre d’une simple discipline académique pour constituer une véritable infrastructure immatérielle du développement économique. Elles forment le socle transversal sur lequel reposent l’ingénierie, les technologies numériques, l’intelligence artificielle et la finance quantitative. Face à ce constat, l’institut préconise trois orientations stratégiques urgentes : revaloriser l’attractivité des filières scientifiques dès le secondaire, mettre en place un observatoire national d’anticipation des besoins en compétences, et inscrire la relève scientifique au cœur d’une stratégie nationale globale articulant éducation, recherche et industrie.

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