Economie

Cuir et chaussure : un secteur en mutation entre héritage et défi de la créativité

Longtemps perçu comme un secteur en déclin, l’industrie du cuir et de la chaussure affiche pourtant des fondamentaux solides. Son savoir-faire historique, sa forte présence sur les marchés européens et son potentiel exportateur lui offrent une base tangible pour repartir. Mais pour franchir un nouveau palier, ce secteur doit opérer une mutation stratégique : quitter la logique de la sous-traitance pour embrasser pleinement celle d’une industrie créative, capable de porter ses propres marques et d’explorer des débouchés inédits.

Un constat s’impose : contrairement à l’image de secteur moribond véhiculée ici et là, la filière dispose d’une marge de manœuvre réelle. La relance n’est pas hors de portée, à condition de revaloriser le savoir-faire existant en une offre à haute valeur ajoutée, loin du simple rôle de façonnier pour comptes tiers.

Il est vrai que le contexte national, régional et international demeure complexe, et que la filière n’échappe pas aux turbulences. Mais son poids économique reste positif. Sa contribution au PIB, bien que modeste comparée à d’autres branches manufacturières, demeure active. Les derniers chiffres en attestent : plus de 2 milliards de dinars de ventes à l’export, dont près de 70 % à destination du marché européen. Le tissu productif compte environ 200 entreprises et génère plus de 28 000 emplois. Surtout, les marges de progression restent considérables, au vu des chantiers à ouvrir.

Parmi les priorités immédiates, le secteur doit s’attaquer à des problèmes récurrents : la lutte contre la contrebande et le marché parallèle, un accompagnement renforcé des petites unités artisanales, et une amélioration de l’approvisionnement local en matières premières.

Mais l’enjeu central reste le repositionnement international. Au-delà du maintien des parts en Europe, la filière doit préparer une transition vers des marchés porteurs, notamment l’Afrique, où la demande est soutenue. Cette bascule intelligente passe par une transformation clé : faire émerger, à partir d’un savoir-faire longtemps dédié aux grandes enseignes européennes, une industrie créative dotée de marques propres et d’une forte valeur ajoutée.

Cette ambition nécessite une gouvernance globale, articulée autour de la valorisation du made in Tunisia. Cela suppose d’accélérer la formation spécialisée, en particulier auprès des jeunes qui se détournent du métier, faute de perspectives et de moyens. Le centre technique a ici un rôle d’appui déterminant à jouer, en fournissant encadrement et outils adaptés.

Autre défi : la reconstruction du tissu productif. Le nombre d’usines et d’ateliers a chuté, passant d’environ 500 unités en 2011 à 200 aujourd’hui. Ce recul s’explique par un manque de soutien financier, la cherté des intrants, une concurrence déloyale et l’absence d’un système de motivation cohérent.

Mais le véritable point faible reste le positionnement sur le marché intérieur, où les ventes restent marginales comparées à l’export – 70 % des débouchés étant tournés vers l’Europe. Ce déséquilibre révèle une carence de gestion, face à un marché parallèle qui capte plus de 80 % des transactions. Dès lors, il devient urgent de contrer les importations désordonnées, de renforcer la certification et la normalisation, et d’instaurer une politique douanière rigoureuse pour redonner ses lettres de noblesse au produit local.

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