Bizerte: alerte à la plage Aïn Mariem, la contamination fécale est confirmée !
Les résultats d’analyses microbiologiques, rendus publics mardi le 15 juillet 2026 par l’Association Bizerte Maritime, sont sans appel : l’eau de baignade de la plage Sidi Salem, à Aïn Mariem, est impropre à la baignade. La présence avérée de bactéries pathogènes, dont des salmonelles et des streptocoques intestinaux, constitue un risque sanitaire avéré pour des milliers d’estivants.
Un constat alarmant qui relance, une fois encore, la question épineuse du traitement des eaux usées en amont et de la surveillance des rejets côtiers.
Des analyses qui sèment le trouble
Prélevés le 15 juillet dernier, les échantillons d’eau de mer et d’eau de rejet ont été soumis à trois indicateurs majeurs de contamination fécale. Premier enseignement, et non des moindres : Escherichia coli, la bactérie emblématique de la pollution fécale, est totalement absente du milieu marin malgré une concentration vertigineuse de 400 000 UFC/100 mL dans l’effluent rejeté. Une disparition que les spécialistes attribuent en partie à l’effet bactéricide du sel, un fait salutaire mais insuffisant pour garantir la salubrité des lieux.
Car l’alerte est ailleurs. Les analyses révèlent en effet la présence de deux autres agents pathogènes, bien plus résistants et tout aussi inquiétants.
Salmonella : un danger anormal en eau de mer
Avec 3 000 UFC/100 mL dans l’eau de baignade – contre 9 000 au point de rejet – la présence de salmonelles est jugée « anormale » par les experts. La réglementation est claire : la norme est fixée à zéro UFC/mL pour une eau de baignade sûre. Leur simple détection signale un risque sanitaire de masse, particulièrement chez les enfants et les personnes vulnérables, exposées à des gastro-entérites aiguës et des infections systémiques.
Streptocoques intestinaux : une contamination fécale tenace
Autre chiffre frappant : les streptocoques intestinaux affichent une concentration identique – 11 000 UFC/100 mL – dans l’effluent et dans l’eau de mer. Cette égalité témoigne de leur grande résistance en milieu salin et d’une pollution fécale durable, qui ne se dilue pas, ne disparaît pas, et s’installe.
Quels risques pour les baigneurs ?
Gastro-entérites, diarrhées sévères, infections cutanées, otites, conjonctivites ou encore infections respiratoires : le tableau clinique potentiel est large et préoccupant. En cette période estivale où la fréquentation de la plage atteint son pic, l’exposition collective à ces agents pathogènes pourrait transformer un lieu de détente en foyer de contaminations multiples.
Une interdiction de baignade réclamée
Face à ces données, l’Association Bizerte Maritime est formelle : l’eau de Sidi Salem n’est pas propre à la baignade. Elle recommande d’interdire l’accès au public, ou à tout le moins de restreindre strictement le périmètre des zones de baignade proches des émissaires.
Au-delà du constat, l’association interpelle les pouvoirs publics sur l’urgence d’une action coordonnée :
- réaliser des analyses régulières tout au long de la saison estivale,
- interdire la baignade tant que les résultats ne sont pas favorables,
- traiter les effluents en amont pour réduire la charge polluante,
- contrôler les rejets afin d’éviter toute épidémie chez les baigneurs et la propagation de maladies infectieuses.
À plus long terme, des solutions durables doivent être envisagées : réhabilitation des réseaux d’assainissement, création de zones tampons végétalisées, sensibilisation des riverains, et restauration des écosystèmes marins menacés par cette pollution chronique.
Préserver nos plages, c’est protéger notre santé et notre environnement
Si la mer offre au regard un spectacle immuable de beauté, elle dissimule souvent sous ses eaux les conséquences de nos rejets. Les coquillages, les poissons, les tortues et toute la biodiversité marine – qui font la richesse du littoral tunisien – sont les premières victimes de cette dégradation silencieuse. Mais ce sont bien les baigneurs, aujourd’hui exposés, qui en paient le prix fort.
L’heure n’est plus à l’indifférence, mais à une mobilisation responsable. Le droit à une eau de baignade saine est un impératif de santé publique. Il est temps d’agir, avant que les plages ne deviennent, sous un soleil radieux, le théâtre de risques invisibles.

