Economie

Transport maritime : la cascade de surcharges s’intensifie pour la Tunisie

Le transporteur maritime français CMA CGM a notifié à ses clients l’entrée en vigueur, à compter du 1er août 2026, d’une surcharge exceptionnelle liée aux prix des carburants marins, désignée sous l’acronyme EFS (Emergency Fuel Surcharge). Cette décision fait suite à la flambée récente des cours du fioul lourd, directement alimentée par la détérioration de la situation sécuritaire dans le détroit d’Ormuz.

Dans son communiqué adressé aux chargeurs, le groupe explique que la résurgence des tensions dans cette zone stratégique a provoqué un nouveau choc haussier sur les prix du bunker, interrompant net la tendance baissière observée au cours des semaines antérieures. Cette envolée des coûts du combustible, constatée sur l’ensemble des régions et des façades maritimes, pèse désormais lourdement sur l’équation économique du transport conteneurisé.

Le dispositif tarifaire annoncé prévoit une application sur l’intégralité du réseau, aussi bien sur les liaisons long-courrier que sur les routes intra-régionales. Pour les trajets principaux à l’aller, la surcharge est fixée à 150 dollars par boîte sèche (dry) et à 165 dollars par conteneur frigorifique (reefer). Sur les voyages retour, les montants sont ramenés respectivement à 75 et 90 dollars par conteneur. Concernant les lignes intra-régionales, les mêmes barèmes s’appliquent, soit 75 dollars pour un conteneur standard et 90 dollars pour un conteneur à température dirigée. Ces sommes seront également facturées en euros, avec des équivalences de 130 et 145 euros pour les parcours principaux, et de 65 et 80 euros pour les autres axes.

Un nouveau fardeau pour les opérateurs tunisiens

Cette surcharge carburant vient s’ajouter à une batterie de mesures déjà instaurées par les armateurs pour faire face à la dégradation des conditions d’exploitation en Mer Rouge et dans le golfe d’Aden. Depuis plusieurs mois, les compagnies maritimes multiplient les ajustements tarifaires : primes pour risque de guerre (War Risk Surcharge), frais de déviation d’itinéraire (Diversion Surcharge), et autres majorations liées aux perturbations du transit par le canal de Suez.

Pour les importateurs tunisiens, l’addition s’alourdit encore. Le coût du fret conteneurisé avait déjà connu une progression soutenue ces derniers mois, sous l’effet conjugué des allongements de route, de la surconsommation de carburant et de l’augmentation des charges opérationnelles des navires. Avec la nouvelle majoration « urgence », les opérateurs locaux devront intégrer un surcoût unitaire compris entre 65 et 165 dollars par conteneur, variable selon la nature de la cargaison et la desserte empruntée.

Cette annonce intervient à peine quelques semaines après une révision tarifaire significative. Dès le 15 juin 2026, CMA CGM avait en effet appliqué de nouveaux barèmes sur les échanges avec l’Afrique du Nord. Pour la Tunisie, les tarifs FAK (Freight All Kinds) avaient alors été portés à 5 900 dollars pour un conteneur de 20 pieds et à 7 400 dollars pour un modèle de 40 pieds.

Ces niveaux de prix pèsent directement sur la compétitivité des entreprises tunisiennes, alors que le transport maritime constitue la colonne vertébrale des approvisionnements nationaux en matières premières, biens d’équipement et produits manufacturés. Toute hausse durable du fret est susceptible de se répercuter en cascade sur les coûts d’importation et, in fine, sur les prix facturés aux consommateurs et aux industries locales.

Implanté en Tunisie depuis plus d’une décennie, CMA CGM occupe une place de premier plan dans le secteur du conteneurisé. Le groupe assure notamment la desserte stratégique sur l’axe France-Tunisie, avec environ sept escales hebdomadaires réparties entre les principaux ports du pays – Radès, Sfax, Sousse et Bizerte – selon ses données internes.

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