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Honda recycle son usine de batteries Ohio : des cellules pour data centers après l’abandon des VE

Le constructeur japonais opère un repositionnement stratégique majeur aux États-Unis. Honda a entamé la production de batteries de stockage d’énergie dans son usine de l’Ohio, un site initialement dédié à la fabrication de cellules pour ses véhicules électriques, finalement annulés en mars dernier. Désormais, ces batteries ne prendront pas la route, mais alimenteront des centres de données.

Cette réorientation, bien que brutale, semble maîtrisée par le groupe. Honda produit ces cellules via une coentreprise avec le sud-coréen LG Energy Solution, comme le rapporte Nikkei Asia. En mars, le constructeur avait pourtant retiré du marché américain trois modèles électriques, dont le SUV Honda Zero, pour lesquels ces batteries étaient originellement prévues.

Le groupe élargit donc sa gamme vers le stockage stationnaire, un marché en pleine expansion. Ces batteries, installées à demeure et connectées directement à un site ou au réseau électrique, sont techniquement très éloignées des blocs-batteries embarqués dans les automobiles.

Rachat total de l’usine par Honda

Fin 2025, Honda a racheté la part de LG Energy Solution dans le bâtiment de l’usine pour un montant avoisinant les 2,8 milliards d’euros. Ce rachat permet à Honda de contrôler entièrement un site construit sur mesure pour des véhicules qui ne verront finalement pas le jour. La coentreprise avec LG Energy Solution a toutefois été maintenue, même après l’annulation des modèles électriques.

Ce changement de cap intervient dans un contexte difficile pour le marché américain du véhicule électrique. En septembre dernier, le Congrès américain a supprimé le crédit d’impôt fédéral accordé à l’achat de VE, provoquant un recul des ventes, de nombreux acheteurs ayant anticipé leurs acquisitions pour bénéficier de l’avantage fiscal avant son extinction.

Par ailleurs, les ventes de modèles électriques de Honda en Chine sont également en berne. Ce double mouvement a lourdement pesé sur les comptes du groupe : sur l’exercice écoulé, Honda a enregistré une dépréciation de près de 14,6 milliards d’euros, son premier exercice annuel déficitaire depuis son introduction en Bourse. Le stockage stationnaire permet aujourd’hui au constructeur de maintenir ses lignes de production en attendant un hypothétique retour de la demande pour les VE aux États-Unis.

Ford et GM sur les mêmes traces

Honda n’est pas seul à s’engager sur ce créneau. Ford a récemment lancé sa filiale Ford Energy, dotée d’environ 1,9 milliard d’euros, pour développer des systèmes de stockage à grande échelle dans une ancienne usine du Kentucky. General Motors a, de son côté, annoncé ce mois-ci trois partenariats dans le stockage d’énergie, dont un accord avec Peak Energy sur des batteries sodium-ion.

Tesla, lui, domine déjà ce segment avec son Megapack, dégageant une marge brute proche de 30 %, soit environ le double de celle réalisée sur ses véhicules. Les trois constructeurs américains concentrent leurs efforts sur le marché nord-américain, où la demande liée aux centres de données progresse plus rapidement qu’ailleurs.

Des records de capacité aux États-Unis

Entre janvier et mars, les installations de stockage stationnaire aux États-Unis ont atteint un record trimestriel de près de dix gigawattheures, en hausse de 32 % sur un an, selon un rapport conjoint de la SEIA et de Benchmark Minerals. Ce volume équivaut à la capacité embarquée dans 120 000 véhicules électriques.

D’ici la fin de la décennie, la SEIA prévoit 110 gigawattheures installés chaque année, soit près du triple du rythme actuel. Les centres de données représentent une part importante de cette demande, mais les gestionnaires de réseaux électriques sont également de gros acheteurs, utilisant ces batteries pour stabiliser leurs infrastructures et compléter leurs parcs solaires et éoliens.

Une demande européenne en forte croissance

En France, la consommation électrique des centres de données a bondi de 38 % en trois ans, pour atteindre 2,7 térawattheures en 2024. RTE, le gestionnaire du réseau, table sur une multiplication par quatre à huit d’ici 2035. À l’échelle européenne, la capacité installée des centres de données devrait passer de douze à vingt-huit gigawatts entre 2025 et 2030, selon la Commission européenne.

Le programme européen InvestAI prévoit également la construction de cinq usines géantes dédiées à l’intelligence artificielle, chacune calibrée à un gigawatt, soit l’équivalent de la consommation annuelle de plus de 700 000 foyers. Honda n’a toutefois pas précisé si les batteries produites dans son usine de l’Ohio pourraient un jour approvisionner des installations européennes.

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