Le pari chinois de Ferrari : l’électrique haut de gamme n’a plus à s’excuser d’exister
Le constructeur italien franchit un cap historique avec sa première création 100 % électrique, un pari esthétique et technologique qui suscite des réactions diamétralement opposées entre l’Occident et l’Empire du Milieu.
Dévoilée sous le nom de Luce, cette grande berline à cinq places et quatre portes incarne la rupture la plus audacieuse de Maranello depuis des décennies. En Europe, son style a provoqué un tollé chez les puristes, nombreux à juger que la silhouette de ce modèle défie toute filiation avec l’héritage thermique de la marque. Les commentaires y sont souvent cinglants, comparant cette électrique à tout sauf à une Ferrari.
Pourtant, à Pékin, Shanghai ou Shenzhen, le regard est tout autre. Dans un pays où l’électrique haut de gamme est déjà une évidence pour une clientèle fortunée, la Luce ne heurte aucune sensibilité nostalgique. Elle y apparaît même comme une proposition naturelle, dans un écosystème automobile mature où les véhicules premium zéro émission sont devenus des objets de statut social et de modernité technologique.
Commercialisée à 3,988 millions de yuans, soit environ 586 600 dollars, la Luce s’inscrit dans un segment très concurrentiel mais en pleine expansion. Selon les informations rapportées par CarNewsChina, les 88 premières unités allouées au marché chinois auraient trouvé preneur en un temps record. Le même média a toutefois précisé par la suite que le concessionnaire Ferrari de Pékin continuait d’enregistrer de nouvelles réservations, ce qui relativise l’idée d’un « succès-foudre » mais confirme un engouement manifeste, bien plus marqué qu’en Europe.
Ce lancement stratégique coïncide avec une annonce interne de taille : à compter du 1er juillet, Enrico Galliera, directeur marketing et commercial de Ferrari depuis plus de seize ans, cèdera sa place à Massimiliano Di Silvestre, ancien patron de BMW Italie. Si la marque assure que ce départ était prévu et que Galliera s’était engagé à rester jusqu’à la commercialisation de l’électrique avant de poursuivre d’autres projets, le calendrier alimente les spéculations. Rarement une nouveauté de la firme transalpine n’aura suscité autant de débats, non seulement sur son style, mais aussi sur la trajectoire qu’elle dessine pour l’avenir du Cheval cabré.
Car la Luce ne s’adresse pas aux amateurs du V8 ou du V12, ni à ceux qui cherchent à prolonger l’ère des moteurs thermiques. Elle est conçue pour une nouvelle génération de conducteurs, familiers des berlines électriques puissantes, connectées et luxueuses, souvent moins attachées aux canons esthétiques traditionnels du sport automobile italien.
Avec ses quatre moteurs délivrant une puissance cumulée de 1 050 chevaux et un 0 à 100 km/h abattu en 2,5 secondes, la Luce ne verse pas dans l’ascétisme écologique. Elle affiche des performances dignes des plus grandes supercars, mais sans imiter leurs codes sonores ou stylistiques. Cette Ferrari de rupture est aussi, et peut-être surtout, une Ferrari de conquête, destinée à élargir l’audience de la marque sur des marchés où l’électrique est déjà un langage commun du luxe automobile.

