L’or à un pas des 5 000 dollars, mais la guerre ne suffit plus à le faire monter
Les prix de l’or ont nettement progressé ce jeudi, soutenus par la fragilité du billet vert, ce qui a propulsé le métal jaune à proximité du seuil symbolique des 4 900 dollars l’once.
Sur le marché au comptant, l’once a pris 0,7 % pour s’établir à 4 821,44 dollars. Dans le même temps, les contrats à terme américains pour livraison en juin ont avancé de 0,4 %, à 4 844,40 dollars.
Cette hausse s’explique avant tout par la faiblesse du dollar, qui évolue toujours près de ses plus bas niveaux en six semaines. Un dollar moins fort rend l’or – dont le prix est libellé dans cette devise – plus abordable pour les acheteurs internationaux, ce qui soutient mécaniquement la demande parallèlement, les rendements des obligations d’État américaines continuent d’évoluer à la baisse. Le taux des bons du Trésor à dix ans a reculé de 0,1 %, réduisant ainsi l’attrait relatif des actifs rémunérés et renforçant le rôle de l’or comme valeur refuge.
Du côté des anticipations, les marchés intègrent par ailleurs un facteur géopolitique : l’optimisme autour d’un éventuel cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Selon plusieurs analystes, le franchissement du seuil des 4 900 dollars ouvrirait la voie vers la zone des 5 000 dollars l’once.
Une dynamique qui rompt avec le schéma traditionnel de la valeur refuge
Depuis le déclenchement de la guerre, l’or a d’abord rempli sa fonction classique de protection. Dans les premiers jours du conflit, les cours ont vivement réagi au choc géopolitique, entraînant un mouvement d’achat massif. Le métal précieux avait alors bondi au-delà des 5 400 dollars l’once, sous l’effet de la panique initiale et de l’incertitude sur l’ampleur du conflit.
Mais à mesure que la guerre s’est installée dans la durée, la tendance s’est inversée. L’or a entamé un net mouvement de repli, effaçant progressivement une grande partie de ses gains antérieurs. En quelques semaines, les prix sont retombés sous les 4 200 dollars l’once. Depuis fin février, la baisse cumulée dépasse les 10 %, et atteint même près de 25 % par rapport aux sommets de janvier, autour de 5 600 dollars.
Aujourd’hui, l’once évolue aux alentours de 4 800 dollars, sans direction claire, prise entre des rebonds techniques et des phases de correction. Ce décrochage, intervenu en pleine période de guerre, bouleverse le schéma habituel selon lequel l’or progresse mécaniquement en temps de conflit.
Cette évolution illustre en réalité que le métal jaune ne réagit pas uniquement au risque géopolitique. Dans la phase initiale de choc, il joue pleinement son rôle de valeur refuge. Mais lorsque le conflit s’installe, d’autres paramètres prennent le relais : les anticipations de taux d’intérêt, la vigueur du dollar, et les prises de bénéfices des investisseurs.

