Tunisie : un pacte pour l’électronique vise à doubler les exportations d’ici 2030
La Tunisie accélère sa mue industrielle. Ce vendredi 10 avril 2026, un Pacte pour la compétitivité du secteur des industries électroniques a été signé, marquant une étape clé dans la stratégie nationale. L’accord, conclu entre le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) et le Cluster Électronique de Tunisie (ELENTICA), fixe un cap à l’horizon 2030.
L’ambition affichée est sans appel : faire passer les exportations du secteur de 3,5 milliards de dinars attendus en 2025 à 7 milliards de dinars d’ici 2030, soit un doublement. Parallèlement, le pacte prévoit la création de 30 000 emplois directs supplémentaires, ce qui porterait les effectifs totaux à plus de 100 000 personnes.
Lors de la cérémonie, la ministre de l’Industrie, Fatma Thabet Chiboub, a insisté sur la nécessité d’une montée en gamme – technologique, organisationnelle et humaine – pour répondre aux exigences de la compétitivité internationale. Selon elle, cet accord formalise des engagements structurants : accélération de l’innovation, renforcement de l’intégration locale, stimulation des investissements, le tout en intégrant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) comme leviers de transformation. Ce dispositif s’inscrit dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale industrielle et d’innovation à l’horizon 2035, avec l’objectif de faire de la Tunisie un acteur de référence en électronique.
Le directeur général des industries manufacturières, Fathi Sahlaoui, a détaillé les cibles chiffrées : la part des investissements du secteur dans le PIB industriel passera de 15 % en 2025 à 20 % en 2030. Le pacte vise également à mobiliser entre 300 et 350 millions d’euros d’investissements directs étrangers, à porter les dépenses en recherche et développement à 3 % du chiffre d’affaires du secteur (contre 1 % actuellement) et à relever le taux d’intégration nationale à 55 %, contre 35 % en 2025.
Côté projets structurants, le texte prévoit l’implantation de deux unités de production de composants électroniques avancés, la création de quatre centres de R&D spécialisés, ainsi que la mise en place d’un centre national de conception de systèmes embarqués. L’architecture du pacte repose sur six axes stratégiques : amélioration de la visibilité du secteur, innovation et R&D, développement des compétences et de l’emploi, adaptation du cadre réglementaire, renforcement des infrastructures logistiques, et promotion de la responsabilité sociétale des entreprises et des normes ESG. Un comité de pilotage présidé par le ministère de l’Industrie, assisté de six sous-comités techniques, assurera le suivi.
Walid Ben Amor, président d’ELENTICA, a salué un engagement fort de l’État en faveur d’un secteur stratégique aux retombées directes sur l’économie nationale et la vie quotidienne. De son côté, Samir Majoul, président de l’UTICA, a rappelé que ce pacte s’inscrit dans une vision globale de transformation du tissu productif, visant à faire de la Tunisie un hub méditerranéen de référence dans l’électronique et à renforcer son insertion dans les chaînes de valeur mondiales. Il a également souligné que le marché mondial des composants électroniques devrait atteindre 1 000 milliards de dollars d’ici 2034, avec une croissance annuelle moyenne de 10 %, portée notamment par la demande en semi-conducteurs et systèmes embarqués.
Pour mémoire, le secteur des industries électroniques en Tunisie compte aujourd’hui environ 150 entreprises employant près de 70 000 personnes. Il couvre un large éventail d’activités, de la fabrication de composants à l’assemblage de produits destinés aux secteurs automobile, aéronautique, médical et des télécommunications.

