El Alamein 2026 : et si l’Afrique enterrait définitivement l’ère des matières premières ?
Les grandes manœuvres pour la refonte structurelle des échanges africains se précisent. La 33e édition des Assemblées annuelles d’Afreximbank (AAM2026) se déroulera du 21 au 24 juin 2026 dans la ville égyptienne d’El Alamein, sous un angle volontairement stratégique : celui de l’émancipation économique par l’industrialisation et le commerce intracontinental.
Dans un environnement international marqué par la multiplication des recompositions géopolitiques et la montée des tensions, l’institution panafricaine a fait le choix d’un thème résolument offensif : « Commerce intra-africain et industrialisation : la voie vers la souveraineté économique ». L’annonce, formalisée dans un communiqué publié vendredi, place cette rencontre au cœur des enjeux d’autonomie stratégique du continent.
Pendant quatre jours, cette plateforme réunira un aréopage de décideurs de premier plan : chefs d’État, ministres, responsables politiques, acteurs majeurs du secteur privé, institutions financières, experts académiques ainsi que partenaires internationaux. L’objectif affiché est de dépasser le cadre des déclarations d’intention pour aboutir à des programmes concrets et des projets prioritaires susceptibles de transformer la structure commerciale africaine, à l’heure où le protectionnisme et la redéfinition des alliances mondiales redessinent les équilibres.
Les organisateurs présentent ces assises comme un carrefour unique pour les délégations, permettant à la fois d’engager des échanges avec les plus hautes autorités, de nouer des synergies tout au long des chaînes de valeur, d’approfondir les compétences en matière de financement du commerce et de la logistique, mais aussi de mobiliser des capitaux et de concrétiser des accords d’investissement. Au-delà des rencontres, l’ambition est de faire avancer des projets bancables à l’échelle du continent et d’accélérer la marche vers un espace intégré, industrialisé et maître de ses destinées économiques.
Le président d’Afreximbank, George Elombi, a souligné la portée de ce rendez-vous. Selon lui, au cours de la dernière décennie, l’institution a posé les jalons nécessaires à l’essor des échanges entre pays africains. Il estime toutefois que l’entrée dans une nouvelle phase impose un recentrage : « Nous devons donner la priorité à la transformation des marchandises destinées à être échangées dans le cadre de l’accord de libre-échange. »
Face aux secousses géopolitiques et à l’incertitude politique qui traversent la planète, le dirigeant a appelé les Africains à puiser dans leurs propres ressources pour élaborer des solutions adaptées à leurs réalités. « Nous devons nous affranchir du commerce des matières premières, augmenter les investissements dans la transformation, mettre en place des chaînes de valeur régionales et consommer nos propres produits afin de concrétiser la croissance et la prospérité partagée auxquelles nous aspirons », a-t-il ajouté.
Créée il y a trois décennies, Afreximbank se présente comme une institution financière multilatérale panafricaine dédiée à la promotion des échanges intra et extra-africains. Au fil des ans, elle a développé des mécanismes innovants pour accompagner la mutation des structures commerciales du continent, en plaçant l’industrialisation et l’intégration régionale au cœur de son action. L’institution s’est par ailleurs imposée comme un soutien résolu de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Aujourd’hui, le groupe s’articule autour de trois entités : la banque elle-même, son fonds d’investissement à impact dédié au développement des exportations (FEDA), ainsi que sa filiale de gestion d’assurance, Afrexinsure.

