Retraite et salaire : 122 000 dinars versés indûment chaque mois
Le ministère des Affaires sociales a dévoilé, mercredi 4 mars 2026, les résultats de ses contrôles concernant le cumul abusif entre pensions de retraite et revenus professionnels. Pas moins de 123 cas de fraude ont été identifiés, répartis entre les secteurs public et privé.
Alors que le cumul emploi-retraite est strictement encadré par la loi, de nombreux Tunisiens semblent encore contourner la règlementation. Interpellé par une question écrite du député Ahmed Bennour, le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, a apporté des chiffres précis sur l’ampleur de ce phénomène.
Un coût mensuel de 122 000 dinars
Selon les données du département, la majorité des cas recensés concerne le secteur privé, avec 89 retraités indélicats. Ce manque à gagner pour les caisses de l’État est estimé à 71 000 dinars par mois. Dans le secteur public, 34 cas ont été détectés, représentant un coût mensuel de 51 000 dinars. Au total, ce sont donc 122 000 dinars qui sont indûment versés chaque mois à ces 123 personnes.
Détection automatisée dans le public, recoupements dans le privé
Le ministre a détaillé les méthodes de contrôle qui ont permis ces découvertes. Dans le secteur public, la traque est désormais quasi-automatique. Grâce au système de paie « INSAF », la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS) peut identifier en temps réel les affiliés ayant repris une activité. « La suspension de la pension est immédiate, dès la détection du cumul dans le mois en cours », a précisé Issam Lahmar, soulignant l’efficacité du dispositif.
Cette automatisation s’appuie sur l’article 55 de la loi n°12 de 1985, qui régit le régime des pensions civiles et militaires. Celui-ci stipule que tout retraité du public reprenant une activité doit faire un choix clair : renoncer à sa pension pour percevoir son nouveau salaire, ou conserver sa retraite en cessant toute activité.
Pour le secteur privé, la surveillance est plus complexe mais s’est intensifiée. Les cas sont révélés lors de campagnes de contrôle périodiques menées conjointement avec la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS). Le renforcement de l’interconnexion informatique entre les deux caisses, effective depuis septembre 2024, facilite désormais ces recoupements de données.
Des sanctions implacables
Le ministre a tenu à rappeler que la loi ne laisse aucune place à la clémence dans ce genre de situation. Dès qu’un cumul est avéré, la pension de retraite est immédiatement suspendue. Mais la mesure ne s’arrête pas là, l’administration exige également le remboursement intégral des sommes perçues illicitement durant toute la période de cumul, afin de récupérer les deniers publics versés à tort.

