MOBIDOC Green Post-Doc : 75 projets pour accélérer la transition écologique
L’Agence nationale de promotion de la recherche scientifique (ANPR) a dévoilé les lauréats de la première édition du programme « MOBIDOC Green Post-Doc ». Sur 139 candidatures déposées, 75 initiatives de recherche appliquée, portées par de jeunes chercheurs en partenariat avec le secteur socio-économique, ont été sélectionnées pour un financement. Cette session spéciale, intégralement dédiée aux défis environnementaux, a été présentée ce vendredi sur les ondes de RTCI par le Directeur Général de l’ANPR, Chedly Abdelly.
Un dispositif tripartite au service de l’innovation verte
Créé en 2012, le programme MOBIDOC, qui marie mobilité et doctorat, repose sur une alliance inédite entre un chercheur (doctorant ou docteur), son laboratoire d’origine et une entité socio-économique partenaire. Ensemble, ils conçoivent et mènent des projets de recherche sur une période de 24 à 36 mois. Les bénéficiaires perçoivent une allocation mensuelle de 1700 dinars pour les docteurs et 1500 dinars pour les doctorants, grâce à un cofinancement Union européenne Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
Des résultats probants en matière d’innovation et d’emploi
Le dispositif, qui a soutenu 907 projets depuis sa création, affiche un bilan encourageant. Les chercheurs MOBIDOC déposent proportionnellement plus de brevets que la moyenne nationale. Alors que la Tunisie enregistre environ 3000 publications scientifiques par an pour seulement 100 brevets, les alumni du programme présentent un ratio supérieur. Par ailleurs, le programme a conduit à la création de startups et a offert un accès privilégié à des coopérations bilatérales et européennes.
Le taux d’embauche dans les structures partenaires avoisine les 20%. Un chiffre que Chedly Abdelly explique par la nature du tissu économique tunisien, dominé par les PME. « Ces entreprises ne disposent souvent pas de départements de R&D. Les chercheurs formés via MOBIDOC ont justement les compétences pour y implanter des unités de veille scientifique et technologique », souligne-t-il.
Une édition « Green » tournée vers les territoires
Cette session cible spécifiquement la transition écologique, avec quatre domaines prioritaires notamment l’économie circulaire, la gestion durable des ressources naturelles, la préservation de la biodiversité et les énergies renouvelables. Une innovation majeure de cette édition est l’ouverture du programme aux municipalités et aux associations environnementales. Sur les 75 projets retenus, deux tiers des chercheurs travailleront avec des entreprises, 30% intégreront des centres de R&D, et 54 organismes partenaires sont mobilisés. La parité est également au rendez-vous, avec environ 66% de femmes parmi les bénéficiaires.
Plaidoyer pour une recherche ancrée dans le réel
Pour illustrer l’impact concret de ces recherches, M. Abdelly a cité l’exemple du projet porté par Rabia Rebbah, docteure spécialiste de la phytostabilisation. Sa technique utilise des plantes pour traiter les décharges non contrôlées, notamment dans le Cap Bon, en stabilisant ou en extrayant les métaux lourds du sol, protégeant ainsi les zones agricoles avoisinantes.
Face à ce succès, l’ANPR envisage déjà de décliner MOBIDOC Green à l’échelle régionale. L’objectif est de cibler des gouvernorats comme Gabès ou Gafsa, identifier avec les acteurs locaux les problématiques environnementales les plus critiques et y dédier des projets de recherche, en valorisant les compétences régionales sans pour autant renoncer à l’expertise nationale.
Un écosystème en construction
MOBIDOC Green s’inscrit dans le programme plus vaste « Appui à la Recherche et à l’Enseignement supérieur dans le secteur de l’Environnement » (ARÈS), pilier du plan national « Tunisie verte et durable ». Dans ce cadre, l’appel « Green Impact » a également sélectionné 15 projets, sur 71 proposés, qui bénéficieront chacun d’un financement de 700 000 dinars. Les conventions seront signées en décembre 2025.
Le défi principal, selon le DG de l’ANPR, reste la valorisation des résultats de la recherche. « La Tunisie produit une science de qualité, mais sa transformation en applications concrètes nécessite une maturation technologique et une collaboration soutenue entre chercheurs et utilisateurs finaux », conclut Chedly Abdelly, rappelant que l’adaptation des formations universitaires aux besoins du secteur est également en cours pour améliorer l’employabilité des diplômés.

