88 000 tonnes d’huiles usagées, un gisement rentable encore sous-valorisé à 45 %
La filière tunisienne des huiles alimentaires usagées génère chaque année environ 88 000 tonnes de déchets, selon les chiffres communiqués par Badreddine Lasmar, directeur général de l’Agence nationale de gestion des déchets (ANGED). Lors d’un atelier consacré à la valorisation de cette ressource tenu mercredi dans la capitale, le responsable a précisé que 40 000 tonnes sont actuellement collectées auprès des professionnels (restaurants, hôtels, casernes, etc.), tandis que 10 000 tonnes subissent un premier traitement avant d’être exportées annuellement.
L’essentiel du gisement reste donc à capter, notamment chez les particuliers. Si les grands producteurs constituent une cible facile, la collecte auprès des ménages demeure marginale. L’ANGED entend inverser la tendance : l’objectif affiché est d’atteindre un taux de collecte et de valorisation de 80 % des huiles usagées, contre 45 % aujourd’hui. Pour y parvenir, l’agence mise sur l’élargissement des opérations aux domiciles, l’adhésion d’un plus grand nombre de municipalités, ainsi que sur un programme de sensibilisation visant à ancrer une citoyenneté environnementale.
Un avant-projet de texte réglementaire, définissant les modalités de gestion de ces déchets, est attendu prochainement. Parallèlement, l’ANGED prévoit d’accompagner la création de petites entreprises spécialisées dans la collecte, le recyclage et la valorisation, tout en organisant des campagnes de formation et de pédagogie.
L’atelier a également permis d’exposer des expériences locales encourageantes. Fethi Darouez, secrétaire général de la municipalité de La Manouba, a ainsi présenté une initiative menée avec les syndicats de copropriétaires de cinq immeubles regroupant 500 logements. En peu de temps, près de 500 litres d’huile de friture ont été récupérés, évitant leur rejet dans la nature ou dans les réseaux d’assainissement. La municipalité entend étendre l’opération aux restaurants privés, aux hôpitaux et aux restaurants universitaires, des négociations étant déjà en cours.
Cette démarche s’inscrit dans la stratégie nationale de transition écologique, visant une consommation et une production propres, ainsi que la lutte contre la pollution par la valorisation des déchets et l’adoption de solutions durables fondées sur le recyclage et la réutilisation.

