Tunisie : Duferco signe un accord géant dans le solaire pour alimenter l’industrie italienne
Le groupe industriel italien Duferco a officialisé, ce mardi à Tunis, un protocole d’entente majeur avec un conglomérat tunisien de premier plan, dans le domaine du photovoltaïque. Cette annonce intervient en marge du Forum économique et commercial Italie-Tunisie, organisé sous l’égide du ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, en partenariat avec l’Agence italienne pour le commerce extérieur (ICE).
Antonio Gozzi, président de Duferco Italia Holding, également à la tête de la fédération sidérurgique Federacciai et conseiller spécial de la Confindustria pour l’autonomie stratégique européenne, le plan Mattei et la compétitivité, participera à cette rencontre. Selon lui, cette coentreprise, dont l’accord sera signé lors du forum, repose déjà sur une base industrielle concrète : des contrats ont été passés avec des entreprises italiennes consommatrices d’énergie installées en Tunisie.
Ce rapprochement s’inscrit dans un contexte de dynamique accrue des échanges bilatéraux. D’après les statistiques de l’ICE, les échanges commerciaux entre Rome et Tunis devraient atteindre 6,5 milliards d’euros en 2025, dont 3,4 milliards pour les seules exportations italiennes. Les données de l’Institut national tunisien de la statistique confirment cette tendance, avec des échanges ayant déjà totalisé 9,4 milliards de dinars (environ 2,8 milliards d’euros) au cours des cinq premiers mois de 2026.
Le projet photovoltaïque pourrait être connecté à l’interconnexion électrique Elmed, un câble à courant continu porté par le gestionnaire italien Terna et la société tunisienne Steg. Reliant Partanna en Sicile à Mlaabi, dans la péninsule du Cap Bon, cette infrastructure de 600 mégawatts s’étendra sur quelque 220 kilomètres, dont 200 kilomètres de câble sous-marin. M. Gozzi a souligné que cette liaison ouvrirait des perspectives à double sens : réimporter en Italie de l’électricité verte produite localement, mais aussi exporter de l’énergie vers la Tunisie, dont les besoins croissants devraient s’accentuer dans les prochaines années.
Le président de Duferco Italia Holding a également évoqué le rôle du consortium Interconnector, qu’il préside, regroupant de grandes entreprises italiennes à forte intensité énergétique. Celui-ci s’est déjà déclaré prêt à financer une section du câble si des besoins de financement non couverts venaient à apparaître, une proposition qualifiée de « très concrète » par M. Gozzi.
Au-delà du volet énergétique, l’industrie italienne voit en la Tunisie une plateforme de production intégrée aux chaînes d’approvisionnement européennes. M. Gozzi a cité les secteurs pharmaceutique, sidérurgique, du bâtiment, du ciment ou encore du textile, où les entreprises italiennes déjà implantées se disent aujourd’hui satisfaites de leur ancrage local.
Le plan Mattei, qui inclut des programmes de formation professionnelle et de mobilité régulière, a également été évoqué. M. Gozzi a rappelé l’accord entre Confindustria, l’organisme Elis, la cellule de pilotage du Palazzo Chigi et l’Université Luiss, visant à recenser les initiatives de formation dans les pays partenaires. Il a toutefois mis en garde contre toute perception de ces actions comme relevant d’une approche néocoloniale, insistant sur la nécessité de bilatéralité et de symétrie dans ces dispositifs, déployés également en Algérie, au Maroc, au Gabon, en Côte d’Ivoire et en Éthiopie.
Interrogé sur le dossier de l’usine Ilva de Tarente, M. Gozzi a estimé qu’avant d’envisager un renforcement de la participation publique ou l’entrée d’investisseurs privés italiens, il convenait de rétablir des conditions favorables à l’activité industrielle. Ce n’est qu’ensuite que pourrait être discutée une éventuelle implication de l’État, sous réserve qu’elle garantisse le plan industriel et la transition énergétique.
Concernant les répercussions des tensions géopolitiques récentes dans le Golfe, le responsable a indiqué que leurs effets sur les prix de l’énergie se font déjà ressentir, et que même un accord rapide sur la réouverture du détroit d’Ormuz ne permettrait pas de retrouver des conditions opérationnelles normales avant plusieurs mois.

