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Tunisie : 3 mégaprojets pour conquérir le marché européen de l’hydrogène vert

La Tunisie accélère sa mue énergétique. Portée par un ensoleillement exceptionnel et une proximité géographique avec le Vieux Continent, elle multiplie les initiatives pour s’imposer comme un fournisseur incontournable d’hydrogène vert à destination de l’Europe. Selon une note de la plateforme américaine Attaqa, basée à Washington, le pays mise sur trois projets industriels d’envergure pour transformer ses atouts naturels en levier de croissance durable.

Premier projet : un partenariat avec un groupe saoudien, spécialiste des renouvelables et de l’hydrogène. L’objectif affiché est une production annuelle de 600 000 tonnes d’hydrogène vert, prioritairement fléchée vers les marchés européens. Le dispositif prévoit des installations combinant centrales solaires ou éoliennes et électrolyseurs de grande capacité.

Deuxième chantier, et non des moindres : la coopération engagée avec le français TotalEnergies et l’autrichien Verbund. Un mémorandum d’entente a été scellé en mai 2024 avec le ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. La feuille de route prévoit une montée en puissance progressive : 200 000 tonnes par an dès 2030, avec un potentiel d’un million de tonnes annuelles à terme. Les investissements suivent cette courbe ascendante – 8 milliards d’euros pour la première phase, jusqu’à 40 milliards d’euros en régime de croisière. Ce projet illustre l’appétit des majors pour le gisement solaire tunisien, conjugué à sa position de vigie méditerranéenne aux portes de l’Europe.

Troisième volet stratégique : l’ammoniac vert, dérivé clé de l’hydrogène pour l’industrie des engrais. Tunis envisage la création d’une unité commerciale dédiée, qui couvrirait les besoins nationaux en fertilisants tout en réduisant l’empreinte carbone du secteur. Ce projet pourrait aussi valoriser les sous-produits de la filière phosphatière, comme le phosphogypse, pour une production plus propre.

Ces trois projets s’inscrivent dans une vision à long terme. À l’horizon 2050, la Tunisie ambitionne d’exporter 6,3 millions de tonnes d’hydrogène vert par an vers l’Union européenne, tout en réservant une partie de sa production à son marché local sous forme d’ammoniac, de méthanol ou de carburants synthétiques. Dans cette optique, une unité d’ammoniac vert est déjà programmée dans la zone industrielle de Gabès, région historiquement ancrée dans la chimie et le phosphate.

Pour soutenir ces investissements massifs, Tunis compte sur l’appui des institutions financières internationales et de leurs mécanismes dédiés à la transition énergétique.

Reste la question cruciale du transport. Là encore, la Tunisie joue la carte italienne, considérée comme un pont naturel vers le marché européen. Le projet de « corridor hydrogène » reliant l’Afrique du Nord à l’Europe – un axe de quelque 3 300 kilomètres passant par l’Algérie, la Tunisie et plusieurs pays européens – est évoqué comme une infrastructure clé pour l’acheminement des flux.

Au-delà de l’impératif climatique, l’hydrogène vert représente pour la Tunisie une chance de capter des investissements étrangers, de densifier son tissu industriel et de se tailler un rôle stratégique dans les échanges énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée.

Les défis n’en demeurent pas moins réels : mobilisation des financements, développement accéléré des capacités renouvelables, stabilité du cadre réglementaire et passage des engagements aux réalisations concrètes. Une certitude toutefois : sur la nouvelle carte énergétique méditerranéenne, la Tunisie ne compte plus rester spectatrice. Elle entend bien devenir un acteur à part entière de la transition énergétique européenne.

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