Le commerce mondial résiste à la guerre au Moyen-Orient grâce à l’IA
Les échanges de marchandises ont surpris par leur vigueur au premier trimestre 2026, portés par l’explosion des produits liés à l’intelligence artificielle. Un dynamisme qui contraste avec les tensions géopolitiques et leurs premiers effets sur les économies régionales
Une croissance à deux vitesses
Le commerce mondial de marchandises a affiché une progression de 1,9% en volume sur les trois premiers mois de l’année par rapport au trimestre précédent, selon les dernières données de l’OMC et de la CNUCED. Sur un an, la hausse atteint 3,2% en volume et 11% en valeur.
Mais derrière cette moyenne se cache une réalité contrastée. Tandis que les secteurs traditionnels peinent – les échanges de produits chimiques reculent de 6%, le fer et l’acier de 5%, les combustibles de 3% – les technologies liées à l’IA connaissent un essor fulgurant.
Les biens nécessaires au développement de l’intelligence artificielle ont vu leurs échanges bondir de plus de 40% en valeur sur un an. Une progression spectaculaire qui s’observe notamment dans les équipements de bureau et de télécommunications, dont les échanges ont grimpé de 44%. Les minerais et produits miniers suivent cette tendance avec une hausse de 27%.
Dès 2025, ces produits représentaient déjà 42% de la croissance du commerce mondial, alors qu’ils ne constituaient qu’environ un sixième des échanges globaux. Leur commerce avait atteint 4,18 milliards de dollars, en hausse de 21,9%.
L’Asie en première ligne
La région asiatique tire pleinement profit de cette révolution technologique. Les exportations du continent ont progressé de 12,9% sur un an, les importations de 14,6%.
La performance des principaux exportateurs est éloquente : la Corée du Sud enregistre une hausse de 38,4% de ses exportations en valeur, devant Hong Kong (+38,3%), les États-Unis (+15,2%), la Chine (+14,7%) et l’Union européenne (+9,2%).
L’OMC souligne particulièrement l’importance de la circulation intra-régionale des composants nécessaires à l’IA, qui structure désormais une partie croissante des échanges asiatiques.
Le Moyen-Orient paie le prix des tensions
Le conflit au Moyen-Orient commence à produire ses effets. La région a vu ses exportations chuter de 9,7% et ses importations de 11,9% sur un an au premier trimestre.
Mais ces chiffres ne reflètent qu’une partie du choc. Le conflit ayant éclaté dans le dernier mois de la période, la fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations du transport maritime devraient peser davantage sur les statistiques du deuxième trimestre.
Pour les économies importatrices d’énergie, le risque est double : perturbations logistiques et hausse des prix pèsent sur l’activité économique et réduisent mécaniquement la demande de biens importés.
L’Afrique entre recul des volumes et hausse des valeurs
Le continent africain affiche une situation contrastée. Les exportations ont reculé de 2,5% en volume par rapport au trimestre précédent, mais ont bondi de 14% en valeur sur un an – la deuxième plus forte progression parmi les grandes régions commerciales, derrière l’Asie.
Cette hausse est portée par les métaux précieux, l’or, le cuivre, les engrais et les minerais. En revanche, les ventes de cacao et de combustibles sont en repli.
Des perspectives incertaines
L’OMC table sur une croissance de 1,9% du volume du commerce mondial de marchandises en 2026. Mais deux scénarios contraires pourraient modifier cette prévision :
- Le maintien de prix énergétiques élevés pourrait réduire cette progression de 0,5 point
- La poursuite des investissements dans l’IA pourrait, à l’inverse, l’augmenter de 0,5 point
La résilience affichée au premier trimestre constitue un signal encourageant, mais l’équilibre reste fragile entre tensions géopolitiques et dynamique technologique.

