Tourisme en Tunisie : Recul au 82ᵉ rang mondial et alerte de l’IACE
Dans une note stratégique récente, l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) livre une lecture approfondie des résultats de la Tunisie au sein du Travel & Tourism Development Index 2026 (TTDI) élaboré par le Forum Économique Mondial (WEF). Positionnée au 82ᵉ rang sur 110 économies évaluées avec une note globale de 3,62 sur 7, la Tunisie affiche un score quasi identique à ses performances des éditions précédentes. Cependant, alors que la vaste majorité des pays couverts par le rapport ont progressé sur la période récente, la stagnation du score tunisien entraîne un recul de quatre places au classement mondial. L’IACE souligne à ce propos que cette évolution traduit moins une dégradation absolue des prestations du pays qu’une dynamique de modernisation plus lente que celle de ses concurrents régionaux et internationaux.
La Tunisie tire sa force principale de sa compétitivité-prix, d’un niveau satisfaisant de sûreté et de sécurité, ainsi que de ses conditions de santé et d’hygiène. De même, le pays devance les moyennes de la région MENA et de l’Afrique du Nord concernant la valeur intrinsèque de ses ressources culturelles et naturelles, de même que pour la qualité de ses services et infrastructures touristiques traditionnels. Néanmoins, ces atouts historiques se heurtent à des handicaps structurels majeurs qui entravent la transformation du potentiel touristique en véritable création de valeur économique.
Parmi ces contraintes prioritaires, l’accessibilité et la connectivité des destinations constituent le frein le plus critique pour l’industrie touristique. Les scores attribués aux infrastructures de transport aérien ainsi qu’aux infrastructures terrestres et portuaires demeurent particulièrement faibles, pénalisant la fluidité de la desserte du territoire national. À cette difficulté logistique s’ajoute une insuffisance marquée dans la diversification de l’offre, illustrée par le faible rendement des ressources autres que de loisirs. Ce volet, qui englobe le tourisme d’affaires, l’événementiel professionnel et le tourisme académique, peine à s’imposer comme un moteur de croissance capable de réduire la dépendance au produit balnéaire classique et de lutter contre la saisonnalité.
Pour surmonter ces obstacles et amorcer une véritable refonte du secteur, l’IACE identifie trois leviers de transformation transversaux indispensables. Il s’agit en premier lieu de la modernisation des compétences et des qualifications pour répondre aux nouveaux métiers du tourisme. En second lieu, la transformation numérique de l’offre constitue une urgence, le niveau d’adoption des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle restant nettement inférieur à la moyenne mondiale. Enfin, l’institut préconise le renforcement des capacités de pilotage stratégique par la donnée et une meilleure priorisation du secteur dans les politiques publiques.
Sur la base de ce constat, l’IACE formule un ensemble d’orientations prioritaires destinées à guider la politique touristique tunisienne. La première priorité consiste à optimiser la connectivité en cartographiant précisément les déficits de liaisons aériennes et en réorientant les incitations financières vers les marchés émetteurs à fort potentiel. La seconde vise à diversifier l’offre territoriale par la mise en valeur des actifs culturels et naturels sous-exploités afin d’accroître les dépenses moyennes des visiteurs. Parallèlement, l’institut recommande de moderniser les programmes de formation aux exigences du numérique et de la gestion environnementale, d’accélérer la digitalisation des PME touristiques, et d’institutionnaliser un tableau de bord national de performance combinant fréquentation, création de valeur et indicateurs de durabilité.

