Sidi Bouzid :120 MW solaires de plus pour viser 35 % de renouvelables en 2030
La norvégienne Scatec, acteur majeur des énergies renouvelables, a franchi une étape clé dans le développement de son portefeuille tunisien. Le groupe a annoncé la clôture financière et le début des travaux de la centrale photovoltaïque Sidi Bouzid II, d’une capacité installée de 120 mégawatts (MW). Situé dans le centre-ouest du pays, ce projet représente un investissement global de 96 millions d’euros et devrait être raccordé au réseau électrique national au cours du second semestre 2027.
Une fois pleinement opérationnelle, l’installation produira annuellement 276 gigawattheures (GWh) d’électricité, permettant d’éviter le rejet de près de 107 000 tonnes de dioxyde de carbone (CO₂) par an, selon les estimations fournies par le promoteur scandinave.
Ce nouveau chantier s’inscrit dans un contexte énergétique national particulièrement contraint. Actuellement, 95 % de l’électricité tunisienne est générée à partir du gaz naturel, dont plus de 60 % provient de l’étranger. Face à cette forte dépendance, les autorités de Tunis se sont fixées un objectif ambitieux : porter à 35 % la part des énergies renouvelables dans le mix électrique à l’horizon 2030. Scatec souligne que cette transition permettra non seulement de réduire les coûts unitaires de production, mais aussi de renforcer sensiblement l’indépendance énergétique du pays.
Le contrat d’achat d’électricité afférent à Sidi Bouzid II a été attribué en décembre 2024, à l’issue d’un appel d’offres public lancé par le gouvernement tunisien. Cette procédure concurrentielle visait précisément à accélérer la cadence des projets verts et à consolider la sécurité d’approvisionnement du royaume.
Le projet est mené en partenariat avec la société locale Aeolus, chaque partenaire détenant 50 % des parts. Pour Terje Pilskog, directeur général de Scatec, cité par Engineering News, « Sidi Bouzid II est notre troisième projet en cours de construction en Tunisie. Il conforte notre alliance avec Aeolus et ancre notre position sur un marché où les fondamentaux des renouvelables sont solides et le potentiel de croissance notable. Ce projet illustre notre faculté à nous développer via des appels d’offres récurrents, en nous appuyant sur un partenariat local éprouvé et un modèle d’exécution peu gourmand en capital. »
Dans le cadre de cette réalisation, Scatec assurera les prestations d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction (EPC), ainsi que la gestion d’actifs et la maintenance ultérieure. Le volet EPC représente à lui seul environ 75 % du montant total des dépenses d’investissement (capex). Le financement du projet repose sur un montage incluant dette sans recours et apports en fonds propres, avec un levier d’endettement de l’ordre de 70 %.
Objectif 3 725 MW d’énergies vertes en 2030
La République tunisienne a amorcé son virage éolien dès les années 1990, avec des installations pilotes de faible puissance destinées aux zones rurales isolées, avant de passer à des éoliennes de forte capacité avec la mise en service, en 2000, d’un premier parc de 10 MW. Le succès de la ferme de Sidi Daoud a ensuite conduit à la construction d’une deuxième centrale dans la région de Bizerte, composée de 143 aérogénérateurs de 1 320 kW chacun, pour une puissance totale de 190 MW répartie entre les sites de Métline (97 MW) et Kchabta (93 MW).
Au-delà des bénéfices climatiques, le développement de l’éolien est perçu comme un levier de croissance économique, en termes d’emplois et de valeur ajoutée industrielle. La stratégie gouvernementale prévoit ainsi de faire passer la part des renouvelables – hors hydroélectricité – dans la production électrique de 3 % environ en 2013 à 30 % en 2030.
Le plan solaire tunisien fixe pour objectif une capacité installée totale de 3 725 MW d’origine renouvelable à l’échéance de la décennie, dont au moins 1 700 MW provenant de l’éolien. Avec l’adoption d’un nouveau cadre réglementaire pour la production décentralisée et un gisement éolien très favorable, le secteur devrait connaître une expansion soutenue dans les années à venir, contribuant à la fois à la diversification du mix énergétique et à l’attractivité du pays pour les investisseurs privés.
Sur le plan environnemental, le recours massif à l’éolien et au solaire constitue un outil efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et permettre à la Tunisie de prétendre aux mécanismes de financement internationaux liés aux accords sur le climat.

