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Café en Tunisie : une consommation tenace à l’épreuve de la crise

Alors qu’une tasse fumante de café reste un rituel social et personnel incontournable pour des millions de Tunisiens, les chiffres révèlent une réalité économique dont le marché est en pleine mutation. Derrière ce geste du quotidien se cache un secteur sous tension, tiraillé entre un monopole d’État en difficulté et un marché parallèle qui explose, faisant planer des doutes sur la qualité du breuvage et la santé de toute la filière.

Entre une demande inébranlable et des stocks en tension

En dépit des difficultés économiques, les Tunisiens ne renoncent pas à leur café. Selon les dernières déclarations officielles, la consommation hebdomadaire s’élève à 500 tonnes, soit l’équivalent de 26 000 tonnes par an. L’Office du Commerce de Tunisie (OCT), détenteur du monopole légal d’importation, tente de suivre ce rythme en distribuant environ cette même quantité chaque semaine.

Pourtant, cette stabilité apparente masque une profonde crise de confiance. L’OCT reconnaît lui-même les fluctuations des prix mondiaux et la difficulté à sécuriser les approvisionnements dans un contexte géopolitique instable. Cette fragilité n’est pas nouvelle : des pénuries avaient déjà secoué le marché en 2022, obligeant certains cafetiers à vivre avec la crainte permanente de l’épuisement des stocks. Le ministère du Commerce a tenté de rassurer la population fin 2024 en affirmant que le café serait disponible jusqu’au moins mi-2025, tout en reconnaissant que certaines « situations ne sont pas sous contrôle ».

Contrebande de café : l’ombre qui plane sur la filière

La véritable bombe à retardement du secteur a été révélée par Wafa Attaoui, vice-présidente du Groupement professionnel des torréfacteurs de café. Selon elle, 60% du café présent sur le marché tunisien proviendrait de la contrebande. Cette marchandise, achetée dans des pays voisins où le café est Wafa Attaoui subventionné puis revendue en Tunisie, notamment sur les réseaux sociaux, échapperait à tout contrôle sanitaire.

La filière légale subit de plein fouet les effets de cette concurrence. Les ventes de l’OCT aux torréfacteurs légaux, qui s’élevaient autrefois à 2 300-2 500 tonnes par mois, se sont effondrées à seulement 900 tonnes mensuelles. Cette concurrence déloyale a conduit à la fermeture définitive de plusieurs entreprises et en pousse d’autres au bord de la faillite. Ce phénomène alimente un cercle vicieux : moins le circuit officiel vend, moins il a de moyens pour importer, accroissant les risques de pénurie et poussant les consommateurs vers le marché parallèle.

Prix et Inflation : l’amère addition du pouvoir d’achat

La pression sur le pouvoir d’achat des Tunisiens se ressent également dans les cafés. Le groupe des services « restaurants, cafés et hôtels » est régulièrement pointé comme l’un des principaux contributeurs à l’inflation. En octobre 2025, les prix dans ce secteur augmentaient encore de 7,5% sur un an. Si le prix final d’une tasse pour le consommateur est encadré, les professionnels, eux, subissent de plein fouet les hausses. L’OCT leur vend désormais du café torréfié « pur » à plus de 34 500 dinars la tonne, un coût qui pèse lourd sur la trésorerie des petits établissements.

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