PLF 2026: faut-il craindre l’impôt sur la fortune tunisien ?
Adopté avec une forte ambition sociale, le projet de loi de finances (PLF) 2026, structuré en 110 articles, est déjà décrypté par les experts. Anis Wahabi, expert-comptable, alerte sur plusieurs failles qui pourraient, selon lui, entraver son application effective et nuire à la transparence financière.
D’emblée, le professionnel relève un manquement formel : l’absence du document explicatif des motifs et de la note de présentation, pourtant essentiels pour éclairer le législateur et les citoyens. « Cette omission porte directement atteinte au principe de transparence », déplore-t-il.
Plusieurs mesures phares du texte sont également pointées pour leur caractère jugé inapplicable. C’est le cas de l’article promettant « une voiture pour chaque famille » et de celui concernant l’ouverture de comptes en devises. Pour Wahabi, ces dispositions ne seraient pas conformes au cadre juridique actuel et manqueraient de fondements opérationnels.
Sur le volet fiscal, le PLF 2026 apporte des ajustements notables. La contribution sociale de solidarité (CSS) voit son abrogation pour les personnes physiques reportée. En revanche, le bénéfice de la déduction pour dons est élargi aux entreprises communautaires et à l’Union tunisienne de solidarité. Autre évolution : l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les frais de transport pris en charge par l’employeur est désormais étendue à l’ensemble du territoire. Une mesure d’allègement progressif des pensions est aussi actée, mais son entrée en vigueur est programmée pour 2027.
L’instauration d’un impôt sur la fortune, projet emblématique, suscite des réserves. Les experts, dont Anis Wahabi, mettent en garde contre un rendement potentiellement limité en l’absence de mécanismes de contrôle robustes. Ils craignent également un impact négatif sur le capital productif si sa conception n’est pas précisée.
Enfin, la généralisation de la facturation électronique à l’ensemble des prestataires de services, soit près de 380 000 entreprises, fait l’objet de vives inquiétudes. Le flou autour de sa définition et le manque d’une approche progressive risquent, selon l’expert-comptable, de compliquer sa mise en œuvre et de peser sur les acteurs économiques. Il appelle le gouvernement à clarifier sans délai le dispositif et à proposer des solutions d’accompagnement pratiques, afin d’assurer une transition réussie sans pénaliser les entreprises.

