News

Monastir : l’ingénierie hydraulique tunisienne au secours de la souveraineté alimentaire

Longtemps dépendante de ses seuls atouts naturels, la région de Monastir opère un virage stratégique. S’étendant sur plus de 86 000 hectares de foncier agricole  dont une large part dédiée aux oliveraies, le gouvernorat mise désormais sur une synergie entre modernité et ingénierie rurale Elle s’est désormais orientée vers la structuration d’un système intelligent de préservation des sols et de gestion de l’eau, garantissant une production durable et un renforcement de la souveraineté alimentaire.

Une stratégie qui répond à un impératif national, celui d’adapter l’agriculture au dérèglement climatique. Parce que dans de nombreuses zones, la raréfaction de l’eau, l’érosion et l’appauvrissement des sols menacent directement la pérennité des exploitations.

Le projet de préservation des eaux et des sols à Ouerdanine : une démarche technique anticipatrice

Porté par le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche maritime, un projet intégré de conservation des eaux et des sols vient d’être mené à bien dans la délégation de Ouerdanine. Supervisée par la Direction générale de l’aménagement et de la conservation des terres agricoles, cette opération s’inscrit dans un programme plus large couvrant la période 2023-2025. La réalisation des travaux a été confiée au Commissariat régional au développement agricole de Monastir, en coordination avec la Circonscription de la conservation des eaux et des sols.

Pour Hajer Khalifa, cheffe du service de conservation des eaux et des sols, le projet de Ouerdanine n’est pas une première. « Nous planifions et exécutons ces opérations depuis les années 90, rappelle-t-elle. C’est un engagement continu pour préserver nos ressources naturelles. »

Les techniques employées sont d’abord des banquettes mécaniques : « Elles réduisent la vitesse du ruissellement sur les pentes. Cela limite l’érosion de la couche arable et maintient la cohésion du sol. »

 À cela s’ajoutent des labours profonds, destinés à améliorer l’infiltration : « Nous renforçons ainsi la capacité du sol à absorber l’eau, ce qui augmente les réserves d’humidité et soutient la croissance des plantes en période sèche. »

Avec ce projet, Ouerdanine  abandonne l’approche curative pour embrasser une logique d’anticipation. Parce que  les retombées dépassent la seule préservation des sols, en favorisant la recharge de la nappe phréatique et en réduisant les risques d’inondations, ces aménagements protègent également les habitations et infrastructures. D’un coût de 270 000 dinars, intégralement pris en charge par l’État, ce projet procède d’une conviction ferme : la protection du capital naturel est le socle indispensable d’un développement agricole pérenne.

Ouerdanine : une station d’épuration pour renforcer le lien entre ressources hydriques et agriculture

Parallèlement à ces aménagements, la station d’épuration des eaux usées dOuerdanine joue un rôle clé dans la stratégie de préservation des ressources hydriques. Pour Adnène Hassine, directeur régional de l’Office national de l’assainissement à Monastir, cet équipement incarne une approche pertinente : traiter les eaux usées pour les rendre disponibles, sans risque, à l’irrigation des cultures.

«Notre ambition à travers ce projet est d’atteindre un équilibre vertueux, soutenir l’agriculture sans épuiser l’eau, et appliquer les standards environnementaux les plus rigoureux», souligne-t-il.

Concrètement, ces eaux traitées viennent renforcer les projets de conservation des eaux et des sols. En augmentant l’humidité du sol, elles participent directement à la durabilité de la production agricole dans la région.

Aménagement du bassin versant de l’oued El Gelta : une ingénierie hydraulique pour renforcer la sécurité de l’eau

Pour parachever ce dispositif technique de préservation des ressources, un projet d’envergure a été mené sur le bassin versant de l’oued El Goulta, dans la délégation d’Ouerdanine. Lancés en 2018 et achevés en 2020, ces travaux stratégiques ont mobilisé un investissement de près de 411 000 dinars, entièrement pris en charge par l’État.

L’approche adoptée est une ingénierie intégrée pour maîtriser les eaux de ruissellement. Des ouvrages en pierre et en béton ont été édifiés, jouant un double rôle : protéger les sols contre l’érosion et favoriser la recharge des nappes phréatiques. À cela s’ajoutent des banquettes mécaniques, équipées d’exutoires pour réguler le flux des eaux, ainsi que des seuils de régulation qui orientent ces eaux vers une recharge naturelle des nappes.

Ces aménagements réduisent la perte de terres fertiles, freinent la dégradation des sols agricoles et renforcent la résilience des cultures face aux sécheresses et à l’irrégularité des pluies. Un bouclier contre les aléas climatiques qui se traduisent par une meilleure productivité des terres et une stabilité des revenus pour les agriculteurs de la région.

Technologies modernes pour soutenir la productivité et renforcer l’adaptation climatique

Au-delà de leur dimension préventive, ces projets constituent un pilier essentiel pour le développement agricole de la région, fortement dépendante de l’olivier et des cultures maraîchères. En protégeant les sols et en améliorant leur capacité à retenir l’eau, ces aménagements contribuent directement à la qualité et à la productivité des récoltes.

Ils renforcent également la résilience des cultures irriguées, qui bénéficient chaque année d’un apport supplémentaire estimé à 8,5 millions de mètres cubes d’eau. Un volume précieux dans une région où la ressource se fait de plus en plus rare.

Ces interventions traduisent une orientation percutante,  celle d’une agriculture intelligente sur le plan environnemental, fondée sur une gestion intégrée des ressources naturelles et le recours à des solutions techniques pour concilier production et préservation des écosystèmes.

Elles soulignent aussi la nécessité d’une synergie entre planification technique et soutien public, seule capable d’asseoir un modèle de développement rural équilibré, adapté aux spécificités du territoire et aux besoins réels des agriculteurs.

Pour un modèle de développement agricole durable

L’expérience menée dans le gouvernorat de Monastir est remarquable,  miser sur les techniques préventives et l’ingénierie hydraulique n’est pas un luxe, mais un choix stratégique pour pérenniser le secteur agricole. La conservation des sols et la gestion raisonnée de l’eau ne relèvent plus de la simple technicité : elles constituent désormais les piliers d’un système productif capable d’affronter les défis climatiques et économiques.

À travers ces projets, Monastir dessine les contours d’un modèle de développement qui réconcilie deux impératifs souvent opposés : la protection des ressources naturelles et la quête de rentabilité. Un équilibre qui renforce la souveraineté alimentaire nationale et donne au développement rural une dimension résolument durable, adossée à la science, à la planification et à une valorisation intelligente des potentiels du territoire.

Cette visite journalistique, effectuée par le site L’Écho Tunisien, s’inscrit dans le cadre du Projet d’Appui aux Médias Tunisiens (PAMT 2), qui vise à former les journalistes tunisiens au journalisme environnemental afin de répondre aux grands défis liés au changement climatique en Tunisie. Le programme prévoit le renforcement des compétences des journalistes pour traiter les questions environnementales de manière approfondie et scientifique, en alliant expertise technique et utilisation des techniques modernes de data journalisme.

Réalisée en collaboration avec le Projet d’Appui à la Gouvernance Environnementale et Climatique pour la Transition Écologique en Tunisie (PAGECTE), mis en œuvre par l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) en partenariat avec le ministère de l’Environnement, cette initiative vise à renforcer la gouvernance environnementale et climatique dans le pays. Cofinancée par l’Union européenne (UE) et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), elle s’inscrit dans le cadre du programme « Une Tunisie verte et durable » de l’Union européenne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *