La Norvège roule à l’électrique, la Tunisie peine à démarrer
Alors que la Norvège atteint des niveaux records d’adoption de la voiture électrique, avec 95,9% des nouvelles immatriculations en 2025, la Tunisie peine à entamer sa révolution verte sur les routes. Cet écart saisissant souligne les difficultés structurelles que rencontrent les pays en développement dans leur politique climatique et économique.
En Norvège, pays producteur de pétrole, le virage électrique est un succès. Grâce à un système d’incitations fiscales très avantageux et un réseau de recharge développé, l’État a réussi à rendre le véhicule zéro émission économiquement attractif, frôlant les 98% d’immatriculations électriques en décembre 2025. Cette cohérence entre réglementation, aides publiques et objectifs environnementaux démontre qu’une transition rapide est possible.
À l’inverse, la Tunisie illustre la complexité d’une telle mutation dans un contexte de revenu intermédiaire. Bien que le nombre de véhicules électriques ait plus que doublé entre 2024 et mi-2025, passant d’environ 250 à 570 unités, leur part sur le marché demeure anecdotique. À titre d’exemple, seules quelques centaines d’exemplaires ont été vendus jusqu’en octobre 2025, face aux dizaines de milliers de voitures neuves thermiques importées chaque année.
Plusieurs facteurs expliquent ce contraste. Le pouvoir d’achat et les politiques publiques diffèrent radicalement : en Norvège, les exemptions fiscales pour l’électrique et les taxes sur le thermique créent un avantage économique décisif. En Tunisie, malgré des projets d’allègements de TVA, le prix d’entrée reste prohibitif pour la majorité des ménages et l’infrastructure de recharge est à ses débuts.
De plus, les cadres stratégiques ne sont pas comparables. La Norvège inscrit sa transition dans une feuille de route climatique claire, portée par une conscience écologique forte et un engagement politique stable. En Tunisie, l’électromobilité doit composer avec d’autres priorités — contrôle des importations, développement industriel, équité sociale — ce qui disperse les efforts et maintient le marché de l’électrique à l’état marginal.
Les autorités tunisiennes affichent pourtant des ambitions, comme l’objectif de dépasser 125 000 véhicules électriques d’ici 2035. Ces cibles, encore largement théoriques, témoignent d’une prise de conscience quant aux enjeux de réduction des émissions, de modernisation des transports et d’indépendance énergétique.
La situation en 2026 dessine ainsi une carte mondiale fracturée. D’un côté, des pays où la voiture électrique s’impose comme la norme ; de l’autre, des nations aux prises avec des obstacles structurels, où l’adoption reste embryonnaire. Cette divergence pose une question cruciale : comment accélérer une transition équitable, qui n’oublie pas les pays en développement dans la lutte mondiale contre le changement climatique ?
La réponse ne se limite pas à des quotas ou des subventions. Elle exige une stratégie globale, intégrant accessibilité financière, déploiement d’infrastructures, formation et adaptation aux réalités locales. Sans cette approche, l’électrification du parc automobile restera, pour une large part du monde, un horizon lointain.

