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La femme rurale, un enjeu pour l’élevage durable des volailles

Dans le marché tunisien, force est de constater que depuis deux décennies, la production du poulet fermier par les grandes unités industrielles d’élevage a connu une évolution remarquable. C’est ainsi que ces entreprises utilisent souvent des souches sélectionnées de poulet label rouge ou certifié, importées de France. Saisonnièrement, un petit nombre est élevé sous forme de chapon (sujets castrés et alimentés notamment au lait en poudre). La quantité totale de poulet fermier produite étant inférieure à 1000 tonnes par an.

Le pays compte un seul opérateur dont le circuit est totalement contrôlé et la distribution de ce type de volailles en majorité à travers deux chaînes d’hypermarchés franchisées, outre quelques supermarchés.

S’agissant des volailles traditionnelles ou volailles de basse-cour, elles ont toujours existé en Tunisie surtout en milieu rural. Néanmoins, il y a très peu d’informations statistiques et de suivi concernant ce type d’élevage. En effet, les dernières données se rapportant à ce secteur remontent à l’année 2017. Une simple lecture des statistiques afférentes au dispositif de production fait ressortir un constat selon lequel le nombre de poulets des œufs traditionnels s’élève à 1701 milles unités et 1869 milles unités pour les poulets de chair traditionnel

Cet élevage est le plus souvent une activité exercée par les femmes en milieu rural. Elles le font dans le but de subvenir à l’autoconsommation de leurs familles en œufs frais ou en viande mais aussi et surtout pour obtenir un revenu supplémentaire personnel. C’est aussi un moyen efficace et ingénieux pour contribuer à la lutte contre les insectes et les ravageurs.

Une multitude de croisements de souches autochtones ou importées sont élevées dans des conditions rudimentaires généralement en liberté. Leur alimentation étant basée sur les restes de repas et les herbages existant aux alentours des exploitations agricoles en plus d’apports d’appoint d’aliments concentrés, de céréales, de sous-produits agro-alimentaires ou d’azolla.

Ces poules et œufs sont généralement destinées à la consommation propre en milieu rural. Le circuit de vente de l’excédent des produits se fait par petites quantités (unités inférieures à 10) soit au bord des routes soit du fermier au revendeur dans les marchés municipaux et hebdomadaires. Le prix de vente est généralement fixé à la pièce et non au poids (kilo) pour les poulets de chair

Depuis une dizaine d’années, la production du poulet et d’œufs traditionnels affiche une tendance haussière. D’une part, il y a une forte demande suite à un intérêt sans cesse grandissant porté par les consommateurs envers les produits sains de terroir. A cela s’ajoute l’effort de sensibilisation déployé par des structures qui s’occupent des femmes rurales, lesquelles encouragent fortement l’exercice de ces activités en tant que source génératrice de revenus supplémentaires et moyen permettant de promouvoir l’autonomisation des ces femmes.

Ce secteur présente un taux de croissance annuel estimé à 7%, supérieur à celui industriel, estimé par le GIPAC à 5% dans une étude prospective de la FAO à l’horizon 2025.Il y a lieu de constater donc une demande à la hausse des produits finaux qui sont le poulet et les œufs fermiers mais aussi des œufs fécondés et des poussins démarrés pour les éleveurs. 

Toutefois, les acteurs de l’élevage traditionnel restent très dispersés et peu structurés contrairement à l’élevage industriel qui est un secteur bénéficiant d’une structure plus solide. De même, sur le plan de la règlementation, il n’y a pas encore de cahier des charges spécifiques pour l’élevage de poulets fermiers « traditionnel ou de terroir ». 

En effet, l’élevage traditionnel de poulets de chair et d’œufs est en proie à une panoplie de contraintes faisant obstacle à son évolution. Ces contraintes sont d’ordre technique, sanitaire et économique marquées par l’envolée sans précédent des prix des ingrédients concentrés utilisés pour ce type d’élevage. Pour répondre aux besoins sociaux, environnementaux et économiques, les larves d’insectes, exemple les larves de la mouche soldat noire (BSF), sont apparues comme une alternative nutritive prometteuse en raison de leur teneur élevée en protéines et en matières grasses ainsi que leur richesse en vitamines et en minéraux. De nos jours, les larves d’insectes ont un intérêt croissant, elles sont considérées comme des sources de protéines alternatives viables et durables en nutrition animale, de plus, leur utilisation dans les systèmes d’élevage s’aligne sur les principes de l’économie circulaire.

Dans ce contexte, le projet SUSTAvianFEED, Alternative animal feeds in Mediterranean Poultry Breeds to get Sustainable Products (https://www.sustavianfeed.eu/) vise à promouvoir des systèmes d’élevage de volailles innovants à travers l’inclusion d’une alimentation animale durable qui fait appel à des chaînes alimentaires alliant entre trois impératifs majeurs : Préserver l’environnement, obtenir des produits avicoles durables et de qualité et garantir les conditions socio-économiques.

Le projet SUSTAvianFEED est un projet international qui est financé par le programme PRIMA-H2020 composé de partenaires issus de plusieurs pays méditerranéens : ALIA et Université de Murcie (Espagne), Université de l’Egée (Turquie) et l’Université de Turin (Italie). En Tunisie, la mise en œuvre de ce projet a été pilotée par l’Institut Supérieur Agronomique de Chott Mariem et l’Association Rayhana (Jendouba).

Un des objectifs-clés de ce projet étant de promouvoir des aliments alternatifs pour la poule pondeuse et le poulet de chair à croissance lente conduits en élevage fermier, et ce à partir de ressources alimentaires et de larves d’insectes produites localement, ce qui devra permettre de réduire les coûts des aliments sources de protéines pour ce type d’élevage.

Les résultats du pilote de l’Institut Supérieur Agronomique de Chott Mariem ont révélé que les formules alimentaires intégrant des ressources locales et des larves d’insectes ont abouti à des performances de production et à une qualité des produits semblables à celles découlant des régimes conventionnels à base de maïs et de tourteau de soja importés. L’inclusion des larves d’insectes a nettement amélioré le bien-être et la santé des animaux, tout comme les régimes durables utilisés avaient un impact environnemental positif.

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