Eau en Tunisie : un stress absolu, une efficacité relative
La Tunisie fait face à une forte contrainte hydrique qui pèse sur l’ensemble de son économie. Selon les dernières données de la Banque mondiale, portant sur 2022, les ressources internes renouvelables s’établissent à environ 363 m³ par habitant et par an, un niveau inférieur au seuil de 500 m³ correspondant à la rareté absolue et très loin du seuil de 1 000 m³ définissant le stress hydrique, précise le dernier numéro de Tema.
Cet indicateur mesure l’eau renouvelable produite sur le territoire grâce aux précipitations, notamment le ruissellement et la recharge des nappes. Il ne correspond donc ni à l’eau effectivement distribuée ni aux stocks disponibles dans les barrages ou les nappes fossiles.
L’efficacité économique de l’utilisation de l’eau atteint 10,2 dollars de valeur ajoutée par m³ en 2022, contre 4,50 dollars au début des années 1990. Malgré cette amélioration, la Tunisie reste en dessous de la moyenne mondiale de 22 dollars par m³.
Les performances varient fortement selon les secteurs : l’agriculture, la sylviculture et la pêche ne génèrent que 0,32 dollar par m³, contre 176,6 dollars dans l’industrie et 38,4 dollars dans les services.
La rareté de l’eau affecte l’eau potable, l’irrigation, l’industrie, le tourisme, l’énergie et les équilibres territoriaux. À mesure que les ressources diminuent, les arbitrages entre ces différents usages deviennent plus coûteux et plus sensibles.
À l’échelle régionale, la Tunisie est moins contrainte que la Libye et l’Égypte sur le volume de ressources renouvelables internes, mais elle reste plus exposée que le Maroc à la rareté absolue. Le Maroc dispose de ressources plus importantes, mais souffre d’une forte concentration géographique de l’eau et de sécheresses croissantes.
Pour la Tunisie, l’enjeu n’est donc pas seulement de produire davantage d’eau, grâce aux barrages, au dessalement ou aux transferts, mais surtout de créer davantage de valeur avec chaque mètre cube utilisé. L’amélioration de l’efficacité, notamment dans l’agriculture, apparaît ainsi comme un levier essentiel pour réduire la pression sur une ressource devenue stratégique.

