La filière pêche tunisienne en alerte face au nouveau cadre européen des emballages
À peine le temps de souffler. Alors que le nouveau règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages entre dans sa phase d’application générale dans quelques jours, la Direction générale des services vétérinaires (DGSV) tire la sonnette d’alarme. Les exportateurs tunisiens de produits de la pêche et d’aquaculture à destination de l’Union européenne sont sommés de contrôler sans tarder la conformité de leurs conditionnements.
Le compte à rebours est enclenché. À partir du 12 août 2026, le règlement (UE) 2025/40, plus connu sous le sigle PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), s’imposera à tous les emballages mis sur le marché communautaire, quel que soit leur matériau ou leur pays d’origine. L’alerte, lancée par la DGSV et relayée par le Groupement interprofessionnel des produits de la pêche (GIPP), invite les établissements concernés à saisir leurs fournisseurs d’emballages pour s’assurer en urgence que les matériaux utilisés répondent aux nouvelles prescriptions.
Un arsenal juridique qui se durcit
Entré en vigueur le 11 février 2025, le texte européen se substitue progressivement à l’ancienne directive 94/62/CE. Son champ est large : il encadre la fabrication, la composition, la recyclabilité, la réutilisation et la gestion en fin de vie des emballages. Si l’application générale est fixée au 12 août 2026, certains volets bénéficient de régimes transitoires, mais l’essentiel des obligations s’appliquera dès cette date.
Parmi les nouveautés les plus contraignantes pour la filière alimentaire, les emballages en contact avec les denrées devront respecter des seuils stricts concernant les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS). Au-delà des limites fixées, ils ne pourront plus être commercialisés dans l’UE. La Commission européenne, dans une note d’orientation publiée en juin 2026, a rappelé que ces restrictions s’imposent à tous les conditionnements mis sur le marché après le 12 août.
Une vérification documentaire et matérielle immédiate
Pour les entreprises tunisiennes, l’urgence est double. Il ne s’agit pas seulement de tester physiquement les emballages, mais aussi de collecter auprès des fabricants ou fournisseurs l’ensemble des attestations et documents prouvant la conformité aux exigences européennes. Le PPWR prévoit en effet des obligations de traçabilité documentaire qui incombent aux metteurs sur le marché.
Le GIPP, en relayant l’appel de la DGSV, insiste sur la nécessité d’engager ces démarches avant l’entrée en application du règlement. Aucun report ni délai de grâce n’est à attendre pour les produits exportés après le 12 août.
Un secteur vulnérable, un marché européen décisif
L’enjeu est d’autant plus vital que la filière halieutique tunisienne est structurellement tournée vers l’export. En 2025, la Tunisie a écoulé environ 35 500 tonnes de produits de la mer, pour une valeur de 878 millions de dinars (environ 260 millions d’euros), selon des données citées par l’agence ANSA. L’Italie arrive en tête des débouchés avec 28 % des parts, devançant l’Espagne, la Libye, l’Algérie et le Japon.
Les segments les plus exposés – crustacés, mollusques, poisson réfrigéré, produits transformés ou conservés – devront donc être scrutés de près. La conformité ne se limite plus au contenu du colis ; le contenant est désormais un sésame ou un obstacle à l’entrée sur le marché européen.
Le temps presse, l’anticipation est la clé
Avec l’échéance du 12 août 2026, les opérateurs tunisiens disposent de quelques jours pour boucler leurs vérifications. La DGSV et le GIPP jouent ici un rôle de vigie : leur message est clair. Mieux vaut anticiper les blocages que de subir des retours de marchandises ou des refus aux frontières. Pour la Tunisie, dont les exportations halieutiques dépendent étroitement de la fluidité commerciale avec l’UE, ce nouveau volet réglementaire ne souffre aucune approximation.

