Abondance de pétrole, électricité en pénurie: la Libye paie-t-elle ses divisions ?
Alors que le mercure frôle les 50 °C, la Libye traverse un été d’une rare violence pour ses citoyens. Les coupures d’électricité, longues et répétées, paralysent l’activité économique et plombent les petits commerces, tandis que les stations-service voient s’allonger des files d’attente qui s’étendent parfois sur plusieurs kilomètres, pour des durées dépassant six heures. L’essence manque, l’électricité vacille, et le quotidien des Libyens se mue en casse-tête logistique.
Ce tableau contraste violemment avec la réalité des sous-sols libyens. Le pays abrite en effet les premières réserves prouvées de pétrole du continent africain, avec quelque 48 milliards de barils. La production avoisine actuellement 1,5 million de barils par jour, et les autorités visent à court terme les 2 millions. Paradoxe supplémentaire : cette puissance extractive ne suffit pas à couvrir les besoins en carburants raffinés. Les raffineries locales ne répondent qu’à 30 % de la demande intérieure, les 70 % restants étant importés. Rien qu’en 2025, la facture de ces achats de produits pétroliers raffinés s’est élevée à 7,8 milliards de dollars, d’après la compagnie nationale NOC.
Les observateurs et spécialistes du secteur s’accordent sur un point : la clé du malaise ne tient pas à une pénurie de ressources, mais à un effondrement organisationnel hérité de la division du pays depuis 2011. Avec deux exécutifs concurrents, l’un basé à Tripoli, l’autre à Benghazi, la coordination des infrastructures énergétiques vire au casse-tête permanent. À cela s’ajoutent un sous-investissement chronique, un entretien défaillant des centrales électriques et des réseaux de contrebande de carburants qui siphonnent une partie des stocks disponibles.
La cheffe de la mission onusienne en Libye, Hanna Tetteh, a récemment dénoncé les effets directs de cette « fragmentation institutionnelle », du manque d’investissements et de l’absence de coordination dans les prises de décision. Les experts locaux et internationaux pointent également du doigt la corruption et la mauvaise gouvernance, qui aggravent structurellement chaque crise technique.
Début août, la situation s’est encore détériorée avec des frappes de drones visant le complexe pétrolier de Zawiya, dans l’ouest libyen. L’attaque a provoqué l’incendie d’un dépôt contenant 4,5 millions de litres de pétrole. Cet événement, survenu dans une zone déjà marquée par les rivalités entre groupes armés et les trafics illicites, rappelle cruellement la vulnérabilité des installations énergétiques du pays.
Ainsi, la Libye, malgré sa manne pétrolière, se retrouve incapable d’assurer deux services aussi fondamentaux que l’approvisionnement en électricité et la distribution de carburant à sa population. Un paradoxe lourd de conséquences, en plein cœur d’un été caniculaire.

