EnvironnementNews

Situation énergétique en Tunisie : Entre hausse du déficit et pression estivale, l’urgence de la réforme

Entre un taux d’indépendance énergétique tombé à 34 % à la fin mai 2026, un déficit commercial énergétique en hausse de 32 % et une canicule estivale sollicitant le réseau à ses limites historiques, la Tunisie fait face à une équation sous haute tension. Pour la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) et les pouvoirs publics, la refonte du modèle énergétique n’est plus une simple option, mais une urgence nationale.

Les derniers indicateurs publiés par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie dressent un panorama sans concession de la situation nationale. À la fin du mois de mai 2026, le taux d’indépendance énergétique de la Tunisie a chuté à 34 %, contre 39 % à la même période l’année précédente. Cette baisse s’explique principalement par le recul continu de la production nationale de pétrole brut (-7 %) et l’épuisement naturel des gisements matures.

En conséquence directe, le déficit de la balance commerciale énergétique s’est alourdi de 32 % à la fin mai 2026, frôlant les 5,8 milliards de dinars. Bien que l’appréciation de 3 % du dinar tunisien face au dollar américain ait légèrement atténué la facture des importations de combustibles, le recours massif au gaz naturel importé pour faire tourner les centrales thermiques continue de peser lourdement sur les finances publiques et les réserves en devises.

La vulnérabilité du système énergétique tunisien s’est révélée avec une acuité particulière lors des vagues de chaleur exceptionnelles. Avec des des températures record sur le littoral, l’utilisation massive de la climatisation a provoqué des pics de consommation sans précédent.

Pour prévenir un effondrement général du réseau (blackout), la STEG a dû recourir à des coupures sélectives et à du délestage ciblé dans plusieurs gouvernorats. Cette situation met en lumière le déséquilibre financier structurel de l’opérateur national. Selon les données présentées aux autorités, le coût moyen de production d’un kilowattheure par la STEG dépasse les 450 millimes, alors qu’il est revendu à un tarif moyen subventionné avoisinant les 290 millimes. Cet écart, combiné au renchérissement du gaz sur le marché international, alimente un déficit d’exploitation grandissant.

Malgré ces contraintes financières et climatiques, des signaux de progrès émergent du côté de la production d’électricité. Sur les cinq premiers mois de 2026, la production nationale d’électricité a progressé de 6 %. Si la STEG continue d’assurer la grande majorité de cette offre (91 %), la part des énergies renouvelables (solaire photovoltaïque et éolien) atteint désormais 9 % du mix électrique national.

Bien qu’en progression par rapport aux années antérieures, ce chiffre reste encore éloigné de l’objectif stratégique de fixer à 30 % la part des énergies renouvelables dans le mix électrique à l’horizon 2030, avant de viser 80 % d’ici 2050.

Pour inverser la courbe du déficit et soulager les finances de l’État, le gouvernement a validé la stratégie énergétique pour la période 2026-2030. Ce plan d’action repose sur trois piliers fondamentaux :

  1. La mise en service accélérée de projets solaires privés et publics : Simplification des procédures d’octroi de licences pour les centrales photovoltaïques dans le Centre et le Sud tunisien.
  2. La modernisation du réseau de distribution : Déploiement de la première phase de 150 000 compteurs intelligents (Smart Grid) pour optimiser la gestion de la demande et limiter les pertes techniques.
  3. L’efficacité énergétique et la décarbonation : Programme ciblé d’isolation thermique pour le secteur résidentiel et incitations fiscales pour le passage à l’auto-consommation industrielle.

Face à la contrainte climatique qui s’impose désormais comme une réalité quotidienne, la Tunisie n’a plus le droit à l’erreur : l’accélération de sa transition énergétique est la clé de voûte de sa stabilité économique et de sa sécurité nationale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *