Commerce intra-africain : la Tunisie pèse à peine plus de 2 % des échanges
Malgré une adhésion formelle aux grandes architectures régionales, notamment la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), et un accès aux lignes de financement de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), la Tunisie peine à traduire ses engagements institutionnels en ancrage commercial tangible avec le reste du continent. C’est ce qui ressort du dernier African Trade Report 2026, publié par Afreximbank et analysé par le think tank Tema dans sa note Ecoweek.
Les flux commerciaux du pays restent en effet largement polarisés par son environnement maghrébin immédiat, tandis que sa pénétration des marchés subsahariens demeure marginale, selon les données compilées par l’institution panafricaine.
En 2025, le commerce de biens entre pays africains a atteint 213,8 milliards de dollars, soit près de 14 % des échanges totaux du continent, évalués à 1 466,7 milliards de dollars. Dans cet ensemble, la Tunisie a contribué à hauteur de 4,93 milliards de dollars, contre 4,64 milliards en 2024 et 4,30 milliards en 2023. Si l’Union européenne reste son principal partenaire commercial, le poids relatif de l’Afrique dans son commerce extérieur progresse lentement. Le pays représente désormais un peu plus de 2,3 % des échanges intra-africains.
Cette performance le classe parmi les vingt premiers contributeurs continentaux, mais très loin des poids lourds que sont l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo, l’Égypte, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Maroc ou le Zimbabwe. Surtout, la part de la Tunisie dans le gâteau commercial africain marque un repli relatif : passée de 2,44 % en 2023 à 2,33 % en 2024, puis à 2,30 % en 2025. Une érosion de parts de marché qui, conjuguée à une hausse en valeur absolue, traduit un moindre dynamisme du pays par rapport à d’autres nations du continent, le maintenant dans une position périphérique.
Le Tunisia Country Brief 2026, publié en complément, confirme cette configuration : l’essentiel des échanges tunisiens avec l’Afrique se concentre sur ses voisins nord-africains – Libye, Algérie et Égypte. Vers ces destinations, le pays exporte principalement des produits industriels (phosphates, engrais, matériaux de construction, biens mécaniques), des biens de consommation courante et des prestations de services dans les secteurs du BTP, de la santé ou de l’ingénierie. En retour, les importations en provenance de cette zone sont largement dominées par les hydrocarbures algériens et libyens, complétés par des intrants industriels et agricoles.
En revanche, les échanges avec l’Afrique subsaharienne restent limités. Ils se concentrent essentiellement sur l’Afrique de l’Ouest, avec des clients principaux tels que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Guinée, le Gabon, le Burkina Faso et l’Afrique du Sud. Selon les estimations d’Afreximbank, le commerce avec cette zone s’élevait à environ 550 millions de dollars en 2024, dont 425 millions d’exportations tunisiennes. Ce montant ne représente qu’à peine 10 % du commerce continental du pays.
Le rapport relève néanmoins un potentiel de croissance significatif, encore inexploité. Il évalue à plus de 500 millions de dollars le gisement supplémentaire d’exportations tunisiennes vers l’Afrique subsaharienne, notamment dans les secteurs industriels, agroalimentaires et des biens intermédiaires. La concrétisation de ce potentiel, qui permettrait de doubler les flux actuels vers ces marchés, suppose toutefois la levée d’obstacles logistiques, financiers et réglementaires toujours prégnants.
Enfin, l’institution bancaire identifie la Tunisie comme un pôle stratégique susceptible d’animer des chaînes de valeur régionales, en particulier dans les phosphates, l’agroalimentaire, le BTP et les technologies de l’information et de la communication. Mais cette ambition reste subordonnée à une utilisation effective des mécanismes offerts par la ZLECAf et des instruments financiers d’Afreximbank, à l’image du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS).

