Environnement

Taux de recyclage : la Tunisie vise un taux supérieur à 10 %

Alors que le taux de valorisation des déchets en Tunisie stagne sous la barre des 10 %, le pays affiche pourtant des atouts structurels qui pourraient lui permettre de franchir un cap décisif. Avec des filières de récupération déjà opérationnelles sur plusieurs segments stratégiques et un réseau d’infrastructures en place, la Tunisie se positionne comme l’un des pionniers du Maghreb et du Moyen-Orient en matière de gestion publique des déchets. C’est ce qu’a rappelé Nesrine Guederi, directrice des études et de la planification au ministère de l’Environnement, en marge d’un atelier national dédié au projet SWAP (transition vers zéro déchet contre la pollution).

Des filières clés déjà structurées

La responsable gouvernementale a souligné que des systèmes publics de collecte et de recyclage couvrent aujourd’hui plusieurs gisements majeurs : plastiques, pneumatiques usagés, huiles moteur, batteries et piles. À cela s’ajoute une filière de récupération des huiles alimentaires usagées, qui permet de réintroduire ces résidus dans le circuit économique après valorisation.

Des volumes conséquents et des équipements en place

Sur le plan quantitatif, les déchets ménagers produits annuellement sur l’ensemble du territoire dépassent les 2,6 millions de tonnes. La seule région du Grand Tunis en génère près d’un million de tonnes. Pour faire face à ces flux, le pays s’est doté de 17 décharges contrôlées et de 57 centres de transfert, constituant un maillage logistique non négligeable.

Un financement majoritairement public, une exploitation privée

Si l’exploitation de ces déchets est confiée au secteur privé, le financement reste essentiellement public : l’État assume 80 % des coûts, les municipalités prenant en charge les 20 % restants.

Des engagements internationaux comme moteur de transformation

Au-delà du constat, Nesrine Guederi a insisté sur l’urgence d’accélérer vers des modes de gestion plus durables. Elle a rappelé les obligations contractées par la Tunisie dans le cadre de sa Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) pour la période 2026-2035, des Objectifs de développement durable (ODD), de la convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants, et de l’initiative SWAP.

La CDN 3.0 : un tournant pour le secteur des déchets

Pour la première fois, la CDN tunisienne accorde une place centrale aux déchets, non seulement comme poste d’atténuation des gaz à effet de serre – notamment le méthane – mais aussi comme levier d’économie circulaire, de mobilisation d’investissements et de création d’emplois verts. L’ambition affichée est de réduire de 62 % l’intensité carbone de l’économie nationale d’ici 2035 par rapport au niveau de 2010.

Dans cette trajectoire, le secteur des déchets devrait contribuer à hauteur de 4 % des réductions cumulées d’émissions sur la décennie 2026-2035. Pour y parvenir, il nécessitera des investissements estimés à 1,5 milliard de dollars américains, ce qui le place au deuxième rang des besoins en financements climatiques, juste derrière le secteur de l’énergie.

« Les déchets ne sont pas une fatalité, mais un gisement de ressources », a affirmé la directrice, résumant en une formule le changement de paradigme que la Tunisie entend désormais opérer.

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