Economie

Tunisie, janvier 2026 : le répit fragile d’une économie sous perfusion

Les dernières données de la Banque centrale de Tunisie (BCT) révèlent un moment charnière. Dans l’interstice entre une amélioration technique et une réalité structurelle pesante, le pays navigue dans un entre-deux aux contours incertains.

Un vent international plus favorable, mais porteur de grains

À l’échelle globale, le contexte se détend, offrant une bouffée d’oxygène. Après une longue période de durcissement monétaire des grandes banques centrales (Fed, BCE) pour juguler l’inflation, l’étau se desserre légèrement. Cette inflexion procure aux économies périphériques, dont la Tunisie, des marges de manœuvre inédites : un dollar moins conquérant, une pression à la hausse sur les taux moins vive, des capitaux moins volatils.

Ce répit n’est cependant ni un cadeau ni une garantie. Il repose sur un équilibre mondial précaire, miné par les tensions géopolitiques, un commerce international fragmenté et la volatilité des prix de l’énergie. La moindre secousse sur les marchés peut toujours se répercuter avec violence sur les côtes tunisiennes.

Une détente monétaire qui attend son réel écho économique

La traduction locale de cette embellie est tangible sur le marché monétaire. Le taux directeur de la BCT ayant été réduit, le taux monétaire est descendu sous la barre des 7%. Les banques se refinancent plus aisément, la liquidité réapparaît.

Mais cette détente reste, pour l’instant, un phénomène largement comptable. Si la baisse des taux rend le crédit possible, elle ne le rend pas automatiquement productif. La question centrale demeure : l’argent disponible, souvent orienté vers la consommation ou le court terme, parviendra-t-il à financer l’investissement et la transformation de l’économie ? Le débat, encore trop théorique, attend une réponse pratique.

Un État sous tension et la résilience de la diaspora

Le budget de l’État, lui, garde les stigmates d’une fatigue persistante. La trésorerie publique est mise à rude épreuve, rappelant la contrainte permanente des échéances de dette. La stratégie d’allongement des maturités de la dette publique, bien que rationnelle, exige une rigueur budgétaire et une crédibilité sans faille pour préserver une souveraineté financière déjà malmenée.

Dans ce paysage exigeant, le salut provient, une fois de plus, de l’extérieur – mais d’un extérieur tunisien. Touristes de retour en nombre record, transferts d’expatriés et de la diaspora résistent à la morosité mondiale. Ces flux vitaux maintiennent les réserves de change à un niveau rassurant (environ 100 jours d’importation) et amortissent la chute du dinar, permettant à la devise nationale de regagner peu à peu un peu de terrain face à un dollar moins agressif.

Janvier 2026 révèle ainsi la dualité de la situation économique tunisienne : un certain soulagement, porté par les dynamiques extérieures et la solidarité de sa diaspora, contraste avec la fragilité persistante des fondamentaux internes, qu’il s’agisse du financement productif ou des comptes publics. Le pays traverse une accalmie conjoncturelle. Reste à savoir s’il saura transformer ce répit en un véritable nouveau départ, ou s’il restera exposé au prochain choc venu de l’économie mondiale.

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