UE : le virage dur des « retours forcés » et des visas-pression
Bruxelles a dévoilé, jeudi 29 janvier 2026, sa feuille de route migratoire pour les cinq années à venir. Un cap résolument restrictif, articulé autour d’une augmentation massive des expulsions, d’un élargissement des partenariats avec les pays tiers et d’une refonte du système des visas comme levier diplomatique.
Sous la direction du commissaire à la Migration, Magnus Brunner, l’Union européenne affiche clairement son objectif : maintenir les arrivées irrégulières à « un niveau bas », en imposant ses propres conditions aux flux migratoires. Le pilier central de cette nouvelle stratégie est l’accélération et la systématisation des retours.
Des « hubs de retour » extraterritoriaux et des sanctions alourdies
Concrètement, l’UE prévoit la création de centres de retour, ou « hubs », situés en dehors de son territoire, pour y traiter les dossiers des demandeurs d’asile déboutés. Les migrants refusant de quitter l’espace européen après un rejet s’exposent à des sanctions renforcées, pouvant inclure des détentions prolongées.
Si ces mesures reçoivent le soutien de plusieurs capitales, elles suscitent de vives critiques. Des partis de gauche et des organisations non gouvernementales, comme Amnesty International, dénoncent une approche « court-termiste », accusant l’Europe de privilégier le blocage des arrivées et les expulsions au détriment du respect des droits fondamentaux.
Partenariats renforcés et visa comme instrument de pression
Parallèlement, Bruxelles entend multiplier les accords du type de ceux conclus avec la Tunisie, l’Égypte ou la Mauritanie, et en négocie actuellement un avec le Maroc. L’objectif est clair : sous couvert d’aide financière et d’investissements, ces pays sont incités à freiner les départs depuis leur territoire et à faciliter la réadmission de leurs ressortissants en situation irrégulière.
L’autre volet majeur de cette politique est une révision complète du régime des visas, envisagé comme un outil de pression. L’UE souhaite ainsi restreindre l’accès aux visas pour les pays récalcitrants à reprendre leurs nationaux, tout en facilitant la mobilité des travailleurs qualifiés. Bruxelles espère finaliser cette réforme d’ici fin 2026.
Un contexte de baisse statistique, mais des routes persistantes
Cette annonce intervient dans un contexte où l’agence Frontex fait état d’une chute de plus de 25% des entrées irrégulières en 2025, notamment sur la route des Balkans. Cependant, la Méditerranée centrale, en particulier au départ des côtes libyennes, demeure une voie majeure et mortifère, rappelant la permanence des flux.
Ce nouveau cadre marque un tournant stratégique pour l’Europe, fondé sur un triptyque : pression sur les pays d’origine, expulsion systématique des déboutés et instrumentalisation de l’accès au visa. Les ressortissants de pays comme la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et d’autres États africains sont en première ligne. L’équilibre entre la maîtrise des frontières, les impératifs de protection et la coopération internationale constitue désormais le principal défi.

