Pourquoi la hausse du salaire minimum pourrait faire vaciller les caisses sociales ?
Invité ce vendredi 27 mars 2026 sur les ondes d’une radio, Hafedh Laamouri, spécialiste du droit du travail, a livré une analyse sans concession des pressions qui pèsent sur l’économie tunisienne en ce début d’année. Selon lui, l’augmentation du salaire minimum garanti ne sera pas sans conséquences majeures sur l’équilibre des caisses sociales du pays.
L’enseignant universitaire a également pointé du doigt l’impact des tensions géopolitiques, notamment la guerre en Iran, qui pourraient amplifier les pressions salariales et les dynamiques d’embauche, aussi bien dans le secteur public que privé. Ces facteurs conjugués risquent d’alourdir davantage la charge pesant sur le budget de l’État.
Pour étayer son propos, M. Laamouri a rappelé la situation singulière de la Tunisie sur le front des prix de l’énergie : alors que plusieurs pays ont répercuté la hausse des cours pétroliers, Tunisie a choisi de ne pas augmenter les prix des carburants, une mesure soutenue par le budget de compensation depuis maintenant 26 jours. Il a chiffré ce choix politique : chaque dollar d’augmentation du baril de pétrole coûte 150 millions de dinars aux finances publiques, portant la dépense totale à plus d’un demi-milliard de dinars en moins d’un mois.
Le professeur a en outre souligné que le déficit budgétaire pour l’exercice 2026 affiche un niveau supérieur à celui des années antérieures, une situation qu’il attribue au caractère social prononcé de la loi de finances ainsi qu’aux coûts structurellement élevés induits par toute mesure sociale.
Face à ce diagnostic, Hafedh Laamouri a plaidé pour une réforme dans la gouvernance des hausses salariales. Il a appelé à l’instauration d’un mécanisme pluriannuel fixant à l’avance, chaque année, le taux de revalorisation des salaires sur une période de trois ans. Cette approche permettrait, selon lui, de mieux intégrer les contraintes économiques nationales et les aléas du contexte international.
Le juriste a indiqué que la prochaine augmentation des salaires pourrait entrer en vigueur à la date symbolique du 1ᵉʳ mai, Journée internationale des travailleurs, avec un effet rétroactif au 1ᵉʳ janvier 2026.

