Partenariat pharmaceutique: Sanofi choisit Kilani pour relocaliser sa production
La présence de Sanofi en Tunisie entre dans une nouvelle ère. Le géant pharmaceutique français a officialisé un accord stratégique avec le Groupe Kilani, poids lourd local du secteur, marquant une évolution profonde de son modèle opérationnel dans le pays. Face aux défis d’approvisionnement et à la montée des exigences de souveraineté sanitaire, la multinationale choisit de s’adosser à un partenaire national pour préserver et pérenniser son activité.
L’ambition affichée par les deux parties est double : garantir un accès continu aux soins pour les patients tunisiens et renforcer l’ancrage industriel local. Pour y parvenir, le partenariat repose sur une organisation inédite au sein du Groupe Kilani, mobilisant deux de ses filiales aux compétences complémentaires pour couvrir l’intégralité des activités de Sanofi sur le marché.
D’un côté, Teriak intègre la dimension industrielle. La filiale sera chargée de la production locale d’une partie significative du portefeuille de médicaments de Sanofi, une opération qui vise à sécuriser la chaîne d’approvisionnement. De l’autre, MEDICIS S.A.R.L prend en main les missions à haute valeur stratégique, notamment l’information médicale, la promotion scientifique auprès des professionnels de santé et les relations avec les autorités sanitaires.
Cette répartition des rôles répond à un impératif majeur : éviter les ruptures de stock sur les traitements, en particulier ceux jugés essentiels. Dans un contexte mondial marqué par des tensions logistiques, produire localement devient un gage de résilience.
Pour Sanofi, dont la voix est portée par Rami Mroueh, il s’agit d’ouvrir un nouveau chapitre » en gagnant en agilité. L’alliance avec un acteur de référence comme Kilani permet de s’aligner plus étroitement sur les priorités nationales de santé tout en accélérant l’introduction d’innovations thérapeutiques. De son côté, Sara Masmoudi voit dans cet accord une « reconnaissance » du savoir-faire tunisien. Fort de ses 2 900 collaborateurs et de sa maîtrise de l’ensemble de la chaîne pharmaceutique (de la production à la distribution), le Groupe Kilani assoit ainsi son leadership et son rôle dans la consolidation de la souveraineté sanitaire du pays.
Ce virage stratégique ne se limite pas à un simple accord commercial. Il illustre une tendance de fond qui gagne l’ensemble de la zone MENA. Face à la complexité réglementaire et à la volonté des États de maîtriser leur approvisionnement, les « Big Pharma » privilégient désormais des alliances solides avec des industriels locaux capables d’opérer aux standards internationaux. Pour Sanofi, ce partenariat est le moyen de préserver ses parts de marché et son empreinte en Tunisie en épousant la logique des politiques de « souveraineté sanitaire ».
Quel impact pour le tissu industriel tunisien ?
Concrètement, le transfert de production vers Teriak promet une meilleure résilience du marché. Réduire la dépendance aux importations, c’est potentiellement limiter l’impact des crises internationales sur la disponibilité des médicaments. C’est aussi un signal fort pour la crédibilité du « Made in Tunisia » pharmaceutique, avec des retombées attendues en termes de montée en compétences, d’investissements et de consolidation de la sous-traitance locale.
Cependant, la réussite de ce modèle tiendra à la capacité du Groupe Kilani à maintenir une qualité irréprochable et à absorber la complexité logistique et scientifique d’un portefeuille international. Si la concentration des opérations chez un seul partenaire renforce la cohérence, elle expose aussi le système à un risque unique en cas de défaillance sur un maillon de la chaîne, qu’elle soit industrielle ou financière.
Enfin, le défi le plus crucial sera celui de l’innovation. La promesse d’un accès élargi aux nouvelles thérapies dépendra de la fluidité des processus réglementaires, des politiques de remboursement et de l’attractivité économique du marché tunisien. Pour la Tunisie, ce partenariat est une opportunité de démontrer qu’elle peut être le théâtre de coopérations avancées entre les majors mondiaux et ses champions nationaux. Reste à transformer l’annonce en résultats tangibles pour les patients : des médicaments disponibles, de qualité, accessibles et une industrie pharmaceutique locale renforcée.

